Un dispositif de prise en charge des enfants témoins de violences conjugales - voire de féminicides (meurtres) - est en place à l'hôpital Robert Ballanger d'Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. Ces enfants sont atteints de stress post-traumatique et, pourtant, un soutien leur est rarement proposé.

A l'hôpital Robert Ballanger, les femmes battues ET leurs enfants témoins de ces violences sont pris en charge
A l'hôpital Robert Ballanger, les femmes battues ET leurs enfants témoins de ces violences sont pris en charge © Radio France / Danielle Messager

Que deviennent les enfants lors de ces violences ? Et après ? C'est toute la question qu'une équipe pluridisciplinaire se pose à l'hôpital Robert Ballanger d'Aulnay-sous-Bois en Seine-Saint-Denis. Cette unité prend en charge la mère, mais aussi les enfants. Une hospitalisation leur est proposée même si l'enfant n'est pas blessé physiquement. 

Ici, on peut lui dire "Il s'est passé quelque chose de grave, on va s'occuper de toi"

Les enfants témoins de violences envers leur mère, violences qui parfois peuvent entraîner la mort, ne sont pas automatiquement envoyés dans la famille élargie. Il doit y avoir une prise en charge pour eux aussi. 

Cet hôpital est le seul endroit où les victimes (femmes et enfants) sont prises en charge, mais aussi là où les agresseurs sont suivis après être sortis de prison (un suivi qui peut même s'effectuer en prison). 

Adeline a longtemps été victime de violences conjugales. Son mari est en prison :

Je ne me rendais pas compte que j'étais en danger de mort, même si on me disait que j'allais mourir. J'étais spectatrice de ma vie, mes enfants ont assisté aux scènes de violence et ont aussi pris des coups en s'interposant. Aujourd'hui, ils se posent plein de questions. 

Adeline et ses enfants sont désormais suivis à l'unité femme-enfant.

Aujourd'hui, je fais un travail de reconstruction, j'avance bien. Le suivi psychologique est nécessaire car sans ça, je saurais pas gérer tout ça ! Sans mes psys, je n'aurais même pas porté plainte. 

Grace à cette maison de poupées, les enfants rejouent les scènes dont ils ont été témoins
Grace à cette maison de poupées, les enfants rejouent les scènes dont ils ont été témoins © Radio France / Danielle Messager

Et il ne faut surtout pas croire que plus ils sont petits, moins ils se souviendront : C'est même tout le contraire.

Plus l'enfant est jeune, plus ce qui se passe est grave pour lui

Les effets délétères sur le développement de l'enfant sont considérables : troubles anxieux, retards de l'apprentissage, etc. Même l'enfant qui n'est pas témoin est extrêmement touché par la situation.

Le docteur Guillaume explique : "Quand on reçoit une maman, on reçoit les enfants en même temps. C'est souvent la mère qui raconte puis les enfants commencent à raconter".

Dr Clémentine Rappaport, chef du service de pédopsychiatrie :

Les enfants racontent, et même beaucoup. Ils miment avec des poupons les scènes dont ils ont été témoins, d'où l'importance du travail avec des professionnels

Parmi les "outils" utilisés dans cette unité : les thérapies psycho-corporelles comme l'hypnose, la méditation, la stimulation sensorielle. Le dessin, le théâtre peuvent également être utilisés. 

Séance avec les enfants à l'hôpital Robert Ballanger
Séance avec les enfants à l'hôpital Robert Ballanger © Radio France / Danielle Messager

Une expérimentation unique en France : "Le protocole féminicide"

En accord avec le parquet de Bobigny, un "protocole féminicide" a été mis en place avec l'hôpital : en cas de tentative d'homicide, la femme hospitalisée n'a pas besoin de se déplacer pour porter plainte, c'est la police qui vient recueillir la plainte auprès de la patiente, dans sa chambre d'hôpital. Encore faut-il qu'elles veuillent porter plainte.

Le docteur Toufik Selma, chef du pôle psychiatrie adulte : "Avec ce protocole, on facilite le dépôt de plainte. C'est comme ça qu'on arrive à sauver des femmes et des enfants et à prendre en charge des personnes".

Le "protocole féminicide" permet de voir que si l'on est dans le cas d'une tentative de meurtre, ou si la personne est gravement blessée, il s'agit bien de flagrant délit (48 heures). Le processus peut alors se déclencher pour arrêter l'auteur et le faire placer sous mandat de dépôt. 

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