Dans l'Aube, le Secours populaire a vu le nombre de ses bénéficiaires augmenter de 40% depuis le début de l'épidémie de Covid-19. La crise économique touche de nombreux Français, intérimaires, travailleurs de la restauration ou étudiants. Portraits de ceux qui ont basculé dans la pauvreté, à Troyes.

Une distribution alimentaire au Secours Populaire, à Troyes dans l'Aube
Une distribution alimentaire au Secours Populaire, à Troyes dans l'Aube © Radio France / Rémi Brancato

"Notre équilibre risque de s'effondrer". Dans son petit pavillon, dans un quartier tranquille de Troyes, dans l'Aube, Julie*, 31 ans, confie son inquiétude. Depuis le mois de septembre, avec son mari, cette mère d'un petit garçon de quatre ans, accumule les dettes et les difficultés financières, comme de nombreux Français, avec la crise sanitaire.

Tout a commencé par un cas de coronavirus dans l'école maternelle de son fils, qui ferme plusieurs jours. Julie doit garder son enfant à la maison. "Mon employeur m'a dit de rester chez moi le temps d'obtenir les résultats de mon test Covid" raconte-t-elle. À la fin du mois, après dix jours d'absence, elle découvre "une perte de salaire diminué de moitié".

"Habituellement on est limite, mais là on est au fond"

Pour ce couple modeste, qui vit d'un salaire au SMIC et d'une allocation pour personne handicapée, versée au mari de Julie, les difficultés s'accumulent rapidement. "Habituellement on est limite, mais là on est au fond, les factures ne passent plus, on n'arrive plus à sortir la tête de l'eau" confie la jeune femme. Au bout de quelques semaines, la famille n'a pas pu payer son assurance automobile, ses factures EDF et ses traites de crédit à la consommation. Julie craint maintenant de voir arriver les huissiers et décrit une "peur que tout s'effondre, de se retrouver à la rue".

Malgré le retour à son poste, à temps plein, dans un supermarché, elle décrit un "engrenage infernal". "On travaille, on travaille mais on arrive juste à finir les fins de mois et là, en peu de temps tout s'effondre". 

La "honte" de se rendre au Secours populaire

Alors début novembre, la jeune femme a franchi le cap et poussé la porte du Secours Populaire, pour une aide alimentaire, "pour mon fils", dit-elle, "pour qu'il ne manque de rien, et qu'il ne s'aperçoive pas de ce qui ne va pas". "Demander de l'aide pour se nourrir c'est très dur" ajoute Julie qui dit avoir toujours voulu être indépendante et évoque la "honte de travailler 35 heures, voire plus, chaque semaine et de ne plus s'en sortir".

Les locaux du Secours Populaire, à Troyes
Les locaux du Secours Populaire, à Troyes © Radio France / Rémi Brancato

Comme cette famille, de nombreux habitants de Troyes ont vu leur situation se dégrader ces derniers mois. À la sortie d'une usine, en début de soirée, Woust, 23 ans, termine une petite mission en intérim de quatre heures. "C'est indispensable, cela permet de payer mon loyer" confie l'étudiant en droit, originaire de Guadeloupe et dont les parents peinent à l'aider financièrement.

Difficile de trouver une emploi étudiant 

Pour le jeune homme, cette troisième année d'études dans l'Aube est la plus difficile . "Je n'ai pas les ressources nécessaires pour manger" explique-t-il. Lui aussi a du franchir la porte du Secours populaire, pour la première fois, le mois dernier, car malgré quelques missions en intérim, la recherche d'un emploi étudiant reste infructueuse.

"Cette année c'est l'enfer, à chaque fois qu'on postule quelque part, on nous dit qu'on ne peut pas nous embaucher" raconte Woust : "même la boite d'intérim nous dit que pour l'instant la plupart des magasins sont fermés à cause du confinement et du Covid-19".

40% de bénéficiaires supplémentaires depuis mars

Dans les locaux du Secours populaire, l'arrivée de ces nouveaux bénéficiaires se fait sentir. Ils sont 40% de plus depuis le mois de mars et l'association vient désormais en aide à 7 000 familles dans le département de l'Aube. "Avant, une vingtaine de personnes passaient en une heure, maintenant c'est 30 à 40 personnes" lors des distributions, témoigne Catherine Feldman, la secrétaire générale adjointe, qui voit arriver de nouveaux profils. 

"J'ai eu des personnes qui travaillaient et qui se sont retrouvées sans argent car le chômage partiel n'a pas été versé immédiatement", constate-t-elle : "quand ils viennent c'est qu'ils ne peuvent plus faire autrement, pour eux c'est le fond du trou". "Ce sont des gens qui touchaient le SMIC, pouvaient payer leur loyer, l'assurance, mais c'était juste, et du fait du confinement, de la perte d'emploi ou du chômage partiel, c'est la rupture" abonde Marie-Christine Valentin, la présidente de la fédération de l'Aube. 

Catherine Feldman et Marie-Christine Valentin, au Secours populaire de l'Aube, à Troyes
Catherine Feldman et Marie-Christine Valentin, au Secours populaire de l'Aube, à Troyes © Radio France / Rémi Brancato

Dans le hall d'accueil, Pascal attend un colis d'urgence. À 58 ans, il vit désormais du RSA et se "débrouille", confie-t-il. Depuis un an, il n'était pas venu demander d'aide et fait partie des nombreux nouveaux bénéficiaires de cette année 2020 bien difficile pour les plus modestes. Un constat qui ne l'étonne pas : "j'habite dans un quartier populaire et je vois bien que les gens ont des difficultés, n'arrivent plus à joindre les deux bouts". 

En 2020, le département de l'Aube a vu augmenter le nombre d'allocataires du RSA de 9%. Au Secours populaire, les bénévoles craignent de sentir encore à l'avenir les effets de la crise du Covid-19 et rappellent le besoin de dons, financiers et de jouets neufs, notamment, à l'approche de Noël. "Les répercussions vont être assez longues, il va falloir se préparer à accueillir" dit Catherine Feldman, qui envisage d'allonger les plages horaires de distribution : "mais c'est notre rôle".

*le prénom a été modifié

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