Les précaires de l'Education Nationale sont ces enseignants, ces documentalistes, ces conseillers principaux d'éducation, qui ont travaillé, certains pendant 10 ans ou 15 ans, parfois plus, dans les collèges et les lycées sans être titularisés. Ils étaient près de 45 000 il y a 3 ans. Or depuis la rentrée de septembre, plusieurs milliers d'entre eux sont au chômage. Selon les syndicats comme le SNES qui les défendent, ils sont au moins 20 000 depuis 3 ans à avoir perdu leur emploi à l'éducation nationale - comme Nora qui a 44 ans. Elle élève seule son fils. Elle est, ou plutôt elle était, ce que l'on appelle professeur de FLE, pour Français Langue Etrangère, ces enseignants qui sont chargés d'apprendre notre langue aux enfants non francophones. Interview de NORA :"J'ai enseigné pendant 6 années de suite dans le même établissement, j'ai été bien notée par mes inspecteurs, j'ai même accueilli dans ma classe des stagiaires et participé à la formation de jeunes capétiens et aujourd'hui l'on ne veut pas de moi alors que les enfants dont je m'occupais n'ont plus de prof aujourd'hui!" Une prof au chômage, des enfants privés d'enseignant... Car le titulaire agrégé en lettres nommé sur ce poste très particulier est resté une seule journée dans sa classe, parti après avoir obtenu sa nomination à l'étranger. Autre exemple, celui d'Arthur qui enseigne les SVT, les Sciences de la Vie et de la Terre. A chaque rentrée depuis 8 ans, il retrouvait un poste. Cette année c'est fini. Comme des milliers d'autres profs de SVT, d'EPS (Education Physique et Sportive), de philo, de langues, il y en a trop. Ils sont en surnombre. Alors, comme Nora, Arthur s'est, lui aussi inscrit à l'ANPE en attendant d'étre eventuellement rappelé pour un remplacement. Arthur suit des cours pour préparer son concours de recrutement. Interview d'ARTHUR :"Oui je suis un précaire de l'éducation nationale, on m'utilise quand on a besoin de moi. Et je ne comprends pas ce gouvernement qui prétend lutter contre le chômage et qui jette ses propres employés. Et si les précaires sont silencieux aujourd'hui c'est qu'ils sont fatigués, découragés et qu'ils ont honte, ils ont honte." En fait il existe plusieurs statuts. Et tous les non titulaires de l'éducation nationale ne bénéficient pas des mêmes droits. 3 statuts différents pour des personnels qui finalement occupent des emplois similaires mais sans avoir été formés. C'est directement sur le terrain qu'ils ont appris leur métier. Les maîtres auxiliaires, les contractuels - dont plus de 70 % n'auraient pas retrouvé de poste cette année. Et les plus mal lotis - pour ne pas dire "mal traités" - les vacataires qui n'ont droit à rien, juste celui de travailler 200 heures maximum dans l'année, payées 28 euros nets par heure. C'est le cas d'Isabelle, professeure d'histoire géographie. Toute jeune maman, mais sans congé maternité, puisqu'elle est vacataire. Elle est membre du collectif des non titulaires. Interview d'ISABELLE :"Il y a les maîtres auxiliaires, les moins nombreux mais ceux qui sont les plus sûrs de retrouver du travail, les contractuels qui signent un cdd moins bien payés à l'heure mais ont droit à un congé maladie, au chômage et les vacataires mais qui n'ont aucun droit. On a des maîtrises des DEA... On est qualifiés et pourtant il y a des besoins. On a des classes en sureffectifs, des élèves sans professeurs, mais au ministère, on ne nous dit rien." Au ministère Pierre-Yves Duvoye, le directeur des personnels enseignants, a tout simplement fait ses comptes. Quand l'éducation nationale embauche un enseignant, elle le garde pendant 42 ans et des milliers de titulaires sont en surnombre. Interview de PIERRE-YVES DUVOYE : "On ne peut pas nous faire des reproches contradictoires - à la fois nous reprocher d'employer des précaires et d'un autre côté de ne pas suffisamment en embaucher. Au contraire nous avons déprécarisé un certain nombre de non titulaires. 25 000 en 3 ans sont devenus titulaires. Il y a plusieurs explications. Il y a moins d'élèves, les enseignants travaillent plus longtemps, ils partent en moyenne deux années plus tard à la retraite, et enfin, les résultats aux concours sont meilleurs qu'auparavant. Cette année, nous allons sans doute avoir entre 12 et 13 000 ETP ce qui fait environ 20 000 personnes de moins qu'il y a 3 ans!" Et pour ces milliers de précaires, le seul moyen aujourd'hui de rester à l'éducation nationale ou plutôt d'y revenir, c'est de passer les concours internes pour ceux qui ont plus de 3 années d'exercice dans le métier, externe pour tous les autres - des concours de plus en plus sélectifs. On connaitra dans quelques jours le nombre de postes proposés pour 2006. Il sera probablement en baisse. Les préinscriptions à ces concours seront closes le 27 octobre à 17 heures ! SITES Site de l'éducation nationale pour les pré-inscriptions aux concours : http://www.education.gouv.fr/siac/siac2/default.htm Informations concernant les précaires sur le site du SNES-FSU : http://www.snes.edu/snesactu/rubrique.php3?id_rubrique=4 Blog du collectif des non titulaires de l'éducation nationale : http://nontitulairesdelen.hautetfort.com/ Un dossier de Marie-Christine LE DU journaliste-scpécialiste des questions d'Education à France Inter.

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