Pour le quotidien grec Ta Nea , c’est la "mère de toutes les grèves". Quarante-huit heures d’arrêt de travail et de manifestation à l’appel des syndicats du public et du privé. Tous dénoncent les mesures d’austérité que le gouvernement doit faire passer demain au Parlement. Encore des baisses de salaires et des pensions retraites, des hausses d’impots, en échange d’une nouvelle tranche d’aide de la part de l’Europe et du FMI, qui envisagent une faillite organisée de la Grèce.

Marion L’Hour a rencontré des acteurs de l’économie grecque. Des acteurs qui se sentent coincés dans un cercle vicieux.

Affiches appelant à la grève en Grèce
Affiches appelant à la grève en Grèce © Radio France / Marion L'Hour

Drapeaux noirs aux fenêtres, le ministère des finances est occupé. Evidemment on n'imagine pas ça en France. Tout comme on n'imagine pas les patrons de petites et moyennes entreprises eux-même appeler à la grève. C’est pourtant le cas aujourd’hui, car les PME sont frappées au porte monnaie.

Antoni Palingopoulos, préside leur syndicat : "Il y a des baisses de salaires et une hausse des impots et des taxes, alors l’argent ne va plus dans le marché", déplore t-il. "D’autres facteurs s'ajoutent, comme le manque de liquidités des banques et les menaces du gouvernement pour faire appliquer son plan de rigueur. Evidemment ça effraie les consommateurs : 250.000 PME sur 900.000 ont fermé depuis janvier 2010."

Des efforts couteux et pour quel résultat ? Selon les derniers chiffres, le déficit grec pour ce début d’année dépasse de 15% celui de 2009. Et les recettes fiscales, elles, sont en baisse. Il y a aussi le chômage qui explose : 16,5%. Et les chomeurs paient rarement beaucoup d’impots. La fraude existe c’est vrai. Mais il y a surtout ceux qui ne peuvent plus payer, de plus en plus nombreux.

Le vrai problème vient moins des fraudeurs que de l’Etat si on en croit Inna Piperaki, pharmacienne installée dans les quartiers chics de la capitale.

Des entreprises, un Etat et des citoyens "à la limite", voilà en résumé la situation grecque aujourd’hui.

Les dirigeants européens parlent d’une décote importante de la dette les créanciers devraient renoncer à la moitié de ce qu’Athènes leur doit. Qu’en pensent les Grecs aujourdhui ?

En général beaucoup de mal. Sur le papier ça semble rassurant, mais en fait, les mutuelles détiennent aussi de la dette. Tout comme les banques. Autrement dit, s’il y a décote, elles vont perdre beaucoup

Costa, vice président d’une agence bancaire craint même pour son poste :. "S’il y a décote de 50%, les banques ne seront plus viables. Elles pourraient être nationalisées. Elles devront renvoyer du personnel, baisser les salaires. Je suis très inquiet comme employé et comme personne. Depuis un an et demi, à chaque fois qu’on est payé à la fin du mois on est soulagé, presque surpris. En ce moment impossible de faire des projets d’avenir."

Comme Costa, beaucoup de Grecs se sentent pris en otage par les exigences de l’Europe et du FMI. Mais si le problème est européen, la solution l'est aussi. C’est l’avis de Savas Robolis, directeur scientifique de l’institut du travail pour les deux principaux syndicats. Pour lui, la banque centrale doit racheter la dette des états fragiles. Même si ça peut pousser les prix à la hausse

Alors quel choix de l’Europe pour briser le cercle vicieux et relancer la machine ? On devrait en savoir davantage dimanche prochain, jour du sommet européen.

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