Cette semaine, des dizaines de milliers de réfugiés ont encore fui la Birmanie. Mais avant d’atteindre les camps de réfugiés au Bangladesh, il faut survivre à la traversée.

Les enfants sont portés à bout de bras, dans des seaux ou des corbeilles. Beaucoup arrivent complètement déshydratés. Certains ne survivent pas.
Les enfants sont portés à bout de bras, dans des seaux ou des corbeilles. Beaucoup arrivent complètement déshydratés. Certains ne survivent pas. © Radio France / Julie Pietri

Massacrée par l’armée, les Rohingyas tentent de rejoindre le pays voisin : le Bangladesh. Près de 600.000 personnes ont officiellement franchi la frontière en quelques semaines. 

Ecouter le reportage de Julie Pietri et Marcos Darras : 

Ils marchent pieds nus sur le sol brûlant par dizaines de milliers. Au loin, ils ne forment qu’une tâche colorée, compacte. Ils sont encore au pied des montagnes de Birmanie. Il y a d’abord le silence puis, à mesure qu’ils approchent, les uns derrière les autres tant les sentiers de terre des rizières sont étroits, les pleurs des enfants. 

Traqués par les militaires birmans, ils n’ont rien bu, ni mangé depuis plus d’une semaine. Soukina, 45 ans, s'appuie sur son fils : "Nous avons mis huit jours à arriver ici. On ne pouvait marcher que la nuit. Les militaires nous massacrent, brûlent les villages, volent les récoltes. Pendant la journée, on se cachait d’eux dans les forêts, dans les arbres, sans rien pour nous abriter."

Pour tenter de contourner les gardes côtes, les réfugiés quittent le chemin de terre. Ils resteront de longues minutes dans l'eau.
Pour tenter de contourner les gardes côtes, les réfugiés quittent le chemin de terre. Ils resteront de longues minutes dans l'eau. © Radio France / Julie Pietri

50 euros par personne

"Il y a des Birmans, là, dans la rivière, qui nous demandent de l’argent ! 5000 takkas (l'équivalent de 50 euros) par personne ! Après seulement, ils nous laissent passer. Les militaires nous ont tout pris avant la traversée. Ils ont tout gardé, nos bijoux et tout ce qu’on avait de précieux. L’un de mes fils a été assassiné dans mon village. Beaucoup d’enfants qui fuyaient sont restés coincés dans la boue. Ils ont été découpés en morceaux. On a du se cacher dans les montagnes pendant neuf jours", explique le fils de Soukina.

"Vous devez aller au Bangladesh"

Cette famille ne sait pas où allait. "Je n’en ai aucune idée. Je meurs de faim et de soif. Mon père a été tué. Mon frère a été tué. On essaye de sauver notre vie... Je ne sais pas pourquoi ils nous font ça. L’armée et les Bouddhistes nous persécutent depuis longtemps. Mais là ils nous disaient : ce sont nos terres, pas les vôtres. Vous êtes Bengalis. Vous devez aller au Bangladesh." 

Tout le monde s'arrête. Un militaire empêche les gens de passer : "On n'est pas assez nombreux, pour garder la frontière du Bangladesh. ils sont des milliers ! Je suis garde-côtes, je n’ai pas pu les arrêter. Mais on n’a pas reçu les autorisations pour les laisser passer ! Regardez, j’ai de la boue jusqu’à la taille. J’ai dû aller dans l’eau pour les stopper."

En équilibre sur les épaules des plus forts

Les personnes essaient malgré tout de traverser, de contourner le militaire. Au bout de quelques minutes qui paraissent une éternité, tant le soleil frappe fort, le garde-côtes bangladais s’écarte enfin. 

Les réfugiés ne portent rien ou si peu, quelques cruches en métal, de maigres sacs de vêtements et leurs enfants qui se balancent parfois dans des seaux, fixés aux deux extrémités d’une planche de bois, en équilibre sur les épaules des plus forts. 

Ils sont affamés, épuisés. Les militaires birmans leur ont volé tout leur argent et ils ont dû payer l'équivalent de 50 euros pour la traversée.
Ils sont affamés, épuisés. Les militaires birmans leur ont volé tout leur argent et ils ont dû payer l'équivalent de 50 euros pour la traversée. © Radio France / Julie Pietri

Mohamed Rufik, Rohingya réfugié au Bangladesh depuis déjà 26 ans, les regarde intensément : "J’habite pas loin, au Tek Naf. J’attends une partie de ma famille qui doit arriver aujourd’hui. Je regarde chaque visage un par un. Si je reconnais quelqu’un, je demanderai des nouvelles des miens."

Puis tout à coup, une famille s’arrête, se fige, s’assoit. Au milieu de la cohue, leur petit d’un an, peut-être deux, est en train de mourir. Il souffre de diarrhées depuis plusieurs jours. L’enfant, les yeux déjà révulsés, est complètement déshydraté. Le père le caresse, tapote ses joues, tente de le réanimer. La mère se balance, sert sa tête entre ses mains. Le Bangladesh était là, tout près. Il ne leur restait que quelques dizaines de mètres à parcourir. 

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