Lost Springs, au Wyoming, est officiellement la plus petite commune des États-Unis. Une communauté un peu en marge, une vie hors du temps, mais qui n’échappe pas aux fracas du monde contemporain.

Lost Springs, au Wyoming, plus petite commune des États-Unis
Lost Springs, au Wyoming, plus petite commune des États-Unis © Radio France / Sébastien Sabiron

C’est un décor de Western ; un bar, une mairie, une minuscule prison désaffectée. Le ciel immense et le silence des grandes plaines seulement troublé par le passage de quelques trains, chargés de charbon. 

Au XIXe siècle, Lost Spring comptait jusqu’à 250 habitants, aujourd’hui ils sont quatre.

Cliff et sa femme Nelly, Leda Price et Art Stringham, les 4 habitants de Lost Springs
Cliff et sa femme Nelly, Leda Price et Art Stringham, les 4 habitants de Lost Springs © Radio France / Sébastien Sabiron

L'un des quatre est Art Stringham, propriétaire d’un magasin d’articles de seconde main dont il a hérité de ses parents. La famille s'y est installée en 1968, alors que Art n'avait que 12 ans : "Cette ville est formidable. Peu de criminalité, les premiers voisins sont à plus d’un kilomètre, je peux bricoler dehors la nuit sans risquer de déranger personne. J’adore cet endroit."

"- Où est la prochaine station service ?                        
- À 26 kilomètres !"

Un chasseur est en panne d’essence, c'est le premier et le dernier client de la journée pour Art. Mécanicien de profession, il a été licencié en mars au début de la pandémie et ne peut plus compter que sur son vieux magasin : "Les bonnes semaines, je dois avoir deux ou trois clients par jour, je peux passer un mois sans avoir personne. Il y a des années, on était toujours occupé. Avec le virus et la crise, les gens ne voyagent plus autant. La plupart du temps, c’est plutôt mort." 

Art Stringham dans son magasin de Lost Springs
Art Stringham dans son magasin de Lost Springs © Radio France / Sébastien Sabiron

De l’autre côté de la rue, Leda Price tient le Lost Bar. Ambiance far west, comme figée dans le temps et l’espace. Bon an mal an, elle tente de faire vivre son bar, tout en travaillant comme aide soignante dans une maison de retraite à 40 km. 

La septuagénaire est aussi maire de la ville depuis 42 ans : "C’était plus animé dans les années 70, grâce aux champs de pétrole. Aujourd’hui, les puits de forage sont très peu nombreux. Et c’est pareil sur la voie ferrée. Il y a moins de transport de charbon. Personnellement, j’aimerais que l’exploitation du charbon reprenne. Il y a tellement de gens sans emploi en ce moment."

Leda Price, maire et patronne de bar à Lost Springs, Wyoming
Leda Price, maire et patronne de bar à Lost Springs, Wyoming © Radio France / Sébastien Sabiron

Mais dans le Wyoming, qui produit 40% du charbon américain, les promesses de Donald Trump n’ont pas été tenues. La production a chuté de 30% en trois ans. 

Ce qui n’empêchera pas Cliff, installé dans un Mobilhome, de voter à nouveau pour Donald Trump : "Je suis chauffeur routier depuis 45 ans. Avant l’élection de Donald Trump, je n’étais pas payé autant qu’aujourd’hui. Depuis qu’il est aux manettes, les affaires vont mieux et donc je me fais plus d’argent qu’avant. Il a promis des choses et il a plutôt tenu ses promesses. Donc j’ai envie de le voir continuer."

Cliff et Nelly devant leur mobilhome de Lost Springs
Cliff et Nelly devant leur mobilhome de Lost Springs © Radio France / Sébastien Sabiron

Malgré le panneau Trump planté à l’entrée de Lost Springs, les échos de l’actualité semblent ici très lointains. Nelly, l’épouse de Cliff, peut passer jusqu'à un mois complet sans quitter Lost Springs : "Je n’ai entendu parler du Covid qu’au bout de trois ou quatre mois. Je n’écoute pas les infos. 

"Un jour sur internet j’ai vu des gens se battre pour du papier toilette. Je me suis dit 'mais qu’est ce qui se passe ?' J’ai demandé à mes enfants, qui m’ont parlé du virus. Quand vous êtes à l’écart, loin de tout ça, vous ne savez pas ce qu’il se passe. Et j’adore ça ! Tant que je vivrais ici, je serai heureuse."

Conviction partagée par Cliff et Art, qui qui ne se verraient nulle part ailleurs. "C’est petit, mais c’est calme. Certains diront que c’est désert, mais il y a encore de la vie ici. Espérons que ça continue. Mais avec plus de monde", dit Cliff.

Main street, Lost Springs, Wyoming
Main street, Lost Springs, Wyoming © Radio France / Sébastien Sabiron

"Quand nous ne serons plus là, quelqu’un d’autre reprendra le magasin et le fera tourner, tente de se convaincre Art. C’est une jolie petite ville ! On est petits, mais on ne va pas mourir." 

Et dans ce Wyoming blanc et rural qui avait voté à plus de 67% pour Donald Trump il y a quatre ans, le président sortant pourra compter sur 100% des voix de la ville de Lost Springs.

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