Jacques Chirac est arrivé hier en Egypte pour une visite officielle de deux jours. Le chef de l’Etat français a une série d’entretiens avec le président égyptien Hosni Moubarak, un homme qu’il connaît depuis une trentaine d’années. La visite de Jacques Chirac intervient à un moment difficile pour le vieux Raïs qui est confronté à la poussée islamiste. Aux dernières élections fin 2005, les frères musulmans, une confrérie qui prône le retour aux sources de l’islam, ont réalisé une percée spectaculaire au parlement ; ce qui inquiète Moubarak et les occidentaux. Que représente ce mouvement aujourd’hui ? La confrérie des frères musulmans est aujourd'hui la deuxième force politique de l’Egypte. Ils ont remporté 88 des 454 sièges du parlement lors des élections de décembre dernier. Le plus étonnant c’est que ce mouvement fondé en 1928, officiellement interdit et qui continue d’être réprimé, a présenté pour ces élections des candidats sous l’étiquette "indépendants", mais tout le monde savait qu’il s’agissait des frères musulmans. Malgré plus d’un demi siècle d’interdiction, ils ont donc poursuivi leur chemin, Amre Choubaki est politologue, l’un des meilleurs spécialistes de la confrérie, il explique les raisons de cette percée politique (interview). Si le président Moubarak continue de refuser l’existence d’une vraie opposition démocratique, les frères musulmans peuvent-ils arriver un jour au pouvoir et que veulent ils ? Il est clair que les frères musulmans profitent de ce vide politique. Le principal opposant, Ayman Nour, qui a 41 ans, et qui est arrivé en deuxième position à l’élection présidentielle de 2005, derrière Hosni Moubarak est en prison. L’Europe et les Etats-Unis ont critiqué cette condamnation. Pour séduire l’opinion, les frères musulmans égyptiens ont changé de look. Ils acceptent de recevoir des journalistes femmes non voilées à leur siège, au bord du Nil, où Dominique André a rencontré leur porte parole et trésorier, Essam Al Aryane. Il a fait 6 ans de prison, fait partie de la nouvelle garde du mouvement. Pour lui, l’objectif est clair, la confrérie doit devenir un parti politique, il défend la charia (interview). L’islamisme est-il donc la seule force d’opposition au régime égyptien ? C’est là La question. Moubarak va-t-il ouvrir le champ politique pour que toute l’opposition puisse s’exprimer, ou va-t-il resserer encore l’étau au nom du risque islamiste ? Au Caire, il y a un livre qui fait un tabac en ce moment c’est "L’immeuble Yacoubian", de l’écrivain Alaa El Arwany. Alaa El Arwany est un esprit libre qui dénonce ce piège dans lequel s’est enfermé l’Egypte comme les autres régimes arabes autoritaires (interview). LIVRE « L’immeuble yacoubian » par Alaa El Arwany aux éditions Actes Sud. Un dossier de Dominique André et Jean-Marie Porcher, en direct du Caire en Egypte.

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