Officiellement, la culture est épargnée par la crise. La presse est plutôt euphorique, parlant d’un secteur qui s’est rarement porté aussi bien. En février, un éditorialiste inspiré osait même : « Renaud plus fort que Renault, Picasso mieux que Citroën ». En réalité, le tableau est beaucoup plus nuancé. Il y a effectivement les chiffres rutilants : près de 190 millions d'entrées cinéma en 2008, une fréquentation record des musées, des concerts de 160 000 places à guichets fermés au Stade de France ou à Bercy. L’industrie culturelle va bien, son artisanat beaucoup moins. NICOLAS MARC est directeur de « La Scène », magazine spécialisé dans le spectacle vivant (interview). Comme dans d’autres secteurs, les personnels les plus fragiles sont les premiers touchés. En période de crise, dans l'industrie culturelle, la variable d'ajustement s'appelle l’intermittent. C’est valable pour le cinéma, le théâtre ou encore la communication. Communication d’entreprise qui permet à nombre d'entre eux de faire leurs heures. Aujourd’hui, ce secteur est particulièrement touché. Quand Renault va mal, il taille d’abord dans ses budgets de communication. Miguel Poiccard est intermittent du spectacle, réalisateur de films d’entreprise (interview). En revanche, les arts visuels semblent moins touchés. Les grandes expositions font le plein, on assiste à des enchères record, on se souvient de la vente Bergé-St Laurent en février dernier : 206 millions d’euros le 1er jour des enchères. Pourtant, ces bulletins de santé insolents occultent une situation générale beaucoup plus contrastée. Isabelle est responsable de la galerie L’Art de Rien à Paris dans le 18ème (interview lors du vernissage d’une exposition collective d’artistes féminines liées au surréalisme Pop PefggyV, Miette, Isabelle Lameloise). Entre le voile pudique et l'hypocrisie des chiffres, une chose est certaine : tout comme avec la crise des subprimes, c'est rarement le banquier qui a perdu sa maison. De la même manière Dany Boon n'aura aucun souci pour monter un « Ch'tis 2 ». En revanche, les intermittents du 1er film d'un réalisateur à qui l'on vient de retirer son financement, eux, doivent sérieusement compter leurs heures aujourd'hui. Un reportage de Laurence Peuron.

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