Un reportage signé Benoît Collombat C’est une enquête qui risque d’éclabousser toute la filière agricole à Bruxelles. Il est question de lobbying et de corruption. Benoît Collombat nous révèle les détails de cette affaire. Cela fait maintenant plus de dix ans qu’une information judiciaire pour « corruption » est ouverte en Belgique, dans le plus grand secret. L’enquête du juge Jean-Claude Van Espen -avec la coopération, côté français, de la Division nationale des investigations financières-, a dévoilé l’existence d’un circuit de corruption, au sein même de la Direction générale de l’agriculture de la Commission européenne. En échange d’argent, de voyages et de cadeaux, un fonctionnaire hollandais aurait fourni pendant plusieurs années des informations confidentielles à des lobbyistes du monde agricole. Des entreprises hollandaises sont épinglées comme les sociétés Codrico et Glencore Grain Rotterdam, mais pas seulement. L’enquête met également en cause un syndicat français : le SYNCOPEX, le Syndicat national pour l’expansion de la coopération agricole. Crée en 1968, ce syndicat représente toute la filière coopérative française, des céréales jusqu’au bétail. Son adhérent principal, c’est aujourd’hui le groupe Union Invivo, le premier groupe coopératif agricole, avec plus de cinq milliards d’euros de chiffre d’affaires. - Comment s’organisait concrètement ce lobbying d’un genre particulier ? Côté français, tout passait par un homme, un ancien enquêteur de la répression des fraudes recruté en 1987. Il s’appelle Jean-Jacques Vies, c’est un « fin connaisseur » des questions agricoles et des arcanes de la Commission européenne. Comme lobbyiste de la filière coopérative à Bruxelles, il disposait d’un budget de plus de 150 000 euros. Un lobbying qui, selon Jean-Jacques Vies, consistait à fournir des informations stratégiques à sa hiérarchie. Interview de Jean-Jacques Vies Selon Jean-Jacques Vies, l’objectif était donc d'obtenir des informations sur les marchés agricoles, avant le comité de gestion du jeudi de la Commission européenne, mais aussi des informations sur le versement des subventions ou sur la Politique agricole commune. L’enquête judiciaire détaille les faveurs accordés par les différents groupes mis en cause : des caisses de Champagne ou du téléphone portable, aux vacances en Thaïlande ou à Sainte-Maxime, jusqu’au versement d’argent liquide. Pour Jean-Jacques Vies, il n’y avait tout simplement pas le choix. Interview de Jean-Jacques Vies - Que répond sa hiérarchie ? Devant les enquêteurs, les responsables du syndicat SYNCOPEX et du groupe Union Invivo assurent qu’ils ignoraient le caractère confidentiel des documents fournis par Jean-Jacques Vies. Pour l’avocat du groupe, Jean-André Toulouse, Jean-Jacques Vies agissait de sa propre initiative. Interview de Jean-André Toulouse Dans la procédure, les enquêteurs considèrent, eux, que le budget du SYNCOPEX était bien utilisé à corrompre un fonctionnaire européen. Un document du directeur financier-adjoint détaille notamment comment débloquer des fonds supplémentaires. L'ex-lobbyiste Jean-Jacques Vies a finalement été licencié en 2004. Une procédure est en cours, en appel, devant les prudhommes. Le 11 janvier dernier, la justice belge a renvoyé en correctionnelle tous les protagonistes de cette affaire. Aucune date de procès n’a encore été fixée.### liens

Découvrez le dossier complet >

Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.