C’est demain que Dominique de Villepin, sera entendu comme simple témoin, par les juges instruisant « l’affaire Clearstream ». Après des mois de tohu-bohu médiatique, il ne reste pas grand-chose, au niveau judiciaire, de ce qui était présenté comme une affaire d’Etat. L’occasion de reparler du fonctionnement controversé de Clearstream : l’établissement bancaire basé à Luxembourg, sur lequel s’est greffée cette gigantesque manipulation. Et pour Denis Robert, le journaliste qui a révélé l’existence de cette chambre de compensation financière, la véritable affaire Clearstream se trouve toujours dans les poumons de cette « banque des banques », ce qui expliquerait, selon lui, que la manipulation ait pu prospérer. Mercredi dernier, Denis Robert était mis en examen pour « recel de vol et d’abus de confiance » par les juges d’Huy et Pons. Situation paradoxale dans la mesure où le journaliste a permis une meilleure compréhension de la manipulation en dévoilant notamment l’existence d’un homme : Florian Bourges, lui aussi mis en examen… et qui a fourni les listings de comptes Clearstream qui ont, ensuite, été falsifiés. Qui est ce Florian Bourges ? C’est un ancien salarié du cabinet Arthur Andersen, chargé en 2001 d’effectuer un audit du système informatique de Clearstream, trois mois de travail et une étrange découverte : des « anomalies » informatiques consignées donc dans des mémos qui ne seront pas repris dans le rapport final transmis par Arthur Andersen à Clearstream, qui affirme tout ignorer de ces fameuses anomalies. Régis Hampel, lui, a travaillé pendant plus de 20 ans chez Clearstream, qui s’appelait alors « Cedel ». Il a bâti le système informatique de la firme, qu’il quitte en 1992 avec le titre de vice-président. Le 19 septembre 2001, Régis Hampel témoigne devant la mission française d’information sur le blanchiment des capitaux. Et devant des parlementaires médusés, il soutient que Clearstream avait mis en place un système d’effacement des traces de transactions bancaires, dont il était l’une des chevilles ouvrière, ce qu’il confirme aujourd’hui. Et du côté de chez Clearstream ? On dément toute dérive du système en soulignant que l’instruction menée par la justice luxembourgeoise n’a rien donnée, nous dit Bruno Rossignol, le porte-parole de Clearstream. Alors, comment en avoir le coeur net ? Le problème c’est que sur ces questions financières, la volonté politique n’existe pas et notamment au niveau européen. En 2001, la Commission européenne refuse la mise en place d’une mission d’enquête parlementaire… refus prononcé par l’ancien commissaire européen Fritz Bolkenstein, lui-même membre du conseil d’administration d’une banque russe sulfureuse, la Ménatep, et salarié de la société Shell, deux entreprises disposant de comptes chez Clearstream.Un député européen hollandais s’en est d’ailleurs ému en mai 2005. Quelques élus tentent donc de se mobiliser, mais ils sont peu nombreux. En Belgique, où est installée la sœur jumelle de Clearstream qui s’appelle « Euroclear », une sénatrice Verte, Isabelle Durant, bataille depuis plusieurs années avec un élu socialiste pour que sa proposition d’une commission d’enquête soit adoptée. Sans succès. En France, quelques magistrats réclament, eux aussi, plus de transparence, notamment ceux qui ont signé l’appel de Genève il y a déjà 10 ans comme Jean de Maillard, vice-président du Tribunal de grande instance d’Orléans. Il constate lui aussi l’inertie politique concernant les chambres de compensation financière. Un dossier de Benoît Collombat.

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.