Onze millions de personnes accompagnent au quotidien un proche malade ou handicapé. Située à Tassin la Demi-Lune, dans la banlieue de Lyon, la Maison de répit permet aux aidants épuisés de souffler pour un week-end, une semaine ou plus. Reportage dans cet établissement unique en France.

La maison de répit a ouvert ses portes début octobre. Elle peut accueillir une vingtaine de résidents.
La maison de répit a ouvert ses portes début octobre. Elle peut accueillir une vingtaine de résidents. © Radio France / Hélène Chevallier

Marion sort d'une séance de réflexologie plantaire : "C'était génial" s'exclame-t-elle avec un large sourire. Depuis deux ans et demi, cette aidante ne prend plus de temps pour elle. Soigné pour deux cancers, son mari est hospitalisé à domicile. Tout en continuant de travailler, Marion s'occupe donc seule de lui quotidiennement : "Il y a tout à faire : les factures, les repas, les courses, être disponible pour la personne qui est malade, être accueillante pour les gens qui viennent nous rendre visite parce qu'il faut entretenir son réseau sinon on se retrouve tout seul. Je pense que pour pouvoir survivre, il faut déployer encore de l'énergie. Et à force : on s'épuise" confie-t-elle. 

Le risque, c'est que l'on tombe avant la personne que l'on accompagne

Le couple loge pour une semaine dans une des vingt chambres de la Maison de répit. Marion peut ainsi aller et venir comme elle le souhaite, participer à des ateliers, pendant que son mari est pris en charge par le personnel médical : "Là, je me sens comme en vacances. Je viens, je me pose. Je peux arriver du travail même avec un quart d'heure de retard, et je ne m'angoisse pas car mon mari est à table, quelqu'un lui a préparé à manger." L'aidante peut aussi profiter des activités proposées par l'équipe de bénévoles : "Des moments de détente qui nous raccrochent à la vie de nouveau".    

Les pensionnaires déjeunent avec le personnel médical dans la salle de vie de la résidence.
Les pensionnaires déjeunent avec le personnel médical dans la salle de vie de la résidence. © Radio France / Hélène Chevallier

L'ambiance se veut chaleureuse : ici, pas de carrelage blanc ou de mobilier impersonnel. La pièce de vie, par exemple, est en partie composée de meubles scandinaves chinées, de canapés en velours, d'un piano. La vingtaine de salariés ne portent pas de blouse blanche et les pensionnaires participent s'ils le souhaitent aux taches quotidiennes. 

Jean-Christophe est en convalescence suite à une opération du cerveau. Seul à la maison, il s'est retrouvé plus d'une fois dans la rue désorienté. Ici, avec les autres, il participe volontiers à la vie de la résidence : "Vous êtes sans arrêt suivi, accompagné, mais vous n'êtes pas menotté" explique le quinquagénaire : "On se sent cocooné, dorloté. Le retour à la vraie vie risque d'être un peu plus violent".  

Préparer le retour à la maison

Si la Maison de répit se veut une parenthèse pour ses pensionnaires, le but est aussi de modifier le quotidien à long terme précise Maïté. Cette infirmière à la retraire encadre la soixantaine de bénévoles qui interviennent dans la structure : "On est tournés aussi sur le retour à domicile. Il y a une assistante sociale, des psychologues qui permettent de voir ce qui peut aider à la maison. Sinon, les mêmes causes vont engendrer les mêmes effets : ce sera d'un épuisement à un répit." Une équipe médicale mobile a d'ailleurs été créée pour suivre les pensionnaires à leur domicile avant et après leur séjour. 

Henri de Rohan-chabot, délégué général de la fondation France Répit, souhaite créer des maisons de répit dans toute la France
Henri de Rohan-chabot, délégué général de la fondation France Répit, souhaite créer des maisons de répit dans toute la France © Radio France / Hélène Chevallier

Le projet a coûté 6 millions d'euros, financés grâce à des mécènes. Le budget de fonctionnement est lui assuré par un agrément avec l'Agence Régionale de Santé. Henri de Rohan-Chabot est le délégué général de la fondation France Répit et le co-fondateur de cette première maison : "Lorsqu'une personne malade, est hospitalisé à domicile, et qu'elle retourne à l'hôpital parce que son aidant est épuisé, souvent dans des services d'urgences, ça a un coût, on parle de plusieurs milliers d'euros. Quand on vient ici à la Maison de répit, le coût est entre 250 et 300 euros par jour. C'est un coût élevé car il y a du personnel de soin permanent, mais incomparable avec celui de l'hôpital lorsqu'il est utilisé à mauvais escient."

La fondation a développé un programme de recherche pour mesurer les économies que ce type d'établissement pourraient permettre de réaliser. Elle est en pourparler pour créer d'autres maisons notamment en Île-de-France. 

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