Les coulisses d’un marché, celui des programmes audiovisuels français. En 2004, les exportations de programmes français ont généré 108 millions d’euros, sur un marché international difficile. A la recherche de débouchés, les producteurs français s’intéressent particulièrement au Moyen-Orient. Ils viennent d’organiser à Dubaï, dans le Golfe arabo-persique, un « showcase » où une vingtaine de sociétés françaises sont allées rencontrer les acheteurs des télévisions de la région. « Made in France, made for success » : non, il ne s’agit pas de haute couture ni de champagne, mais des documentaires, fictions et dessins animés produits en France. C’est le slogan choisi par l’organisation interprofessionnelle TV France international, qui aide ses 140 adhérents à vendre leurs programmes à l’étranger, en organisant ces showcases dans le monde entier. Si pour l’instant, le Moyen-Orient ne représente que 3% des ventes de programmes français à l’étranger, c’est un marché d'avenir, comme l’explique David Hivet, l’attaché audiovisuel régional de l’ambassade de France (interview). Les Français ont une carte à jouer. Les quelques 200 chaînes arabes qui existent aujourd’hui sont en manque de programmes. D’ailleurs 80 acheteurs, dont les représentants des trois groupes les plus importants de la région, MBC, Al Jazeera et Rotana, sont venus à Dubaï, pour rencontrer les sociétés françaises présentes, qui de AB distribution à France Télévisions Distribution représentaient un panel très large de ce qui se fait à la télévision française. Que recherchent les acheteurs ? C’est ce que j’ai demandé à Zina Khair, responsable des acquisitions pour la société syrienne Al Sayyar, qui distribue des programmes dans toute la région (interview). Tous ces interdits exigent de la part des vendeurs un certain tact. Discussion entre Betty Nocella, qui vend les documentaires de la société Docs en Stock et deux acheteuses d’Al Rai TV, la première chaîne privée du Koweit (son). Les acheteuses demandent finalement à recevoir un DVD, pour se faire une opinion. Rejetés sans appel en revanche, des films sur l’homosexualité ou le voile en France. Si on sent une grande prudence pour ne pas attiser les incompréhensions entre la France et les pays musulmans, déjà ravivées par l’affaire des caricatures, les choses semblent pourtant évoluer. C’est le constat d’Alain Debos, vendeur pour la société de production Tony Comiti (interview). Ce film, « Les soldats de l’impossible » intéresse les chaînes Al Jazeera et MBC. Les efforts des vendeurs français sont donc couronnés de succès. Les ventes de programmes français au Moyen-Orient sont en progression, de plus 10% en 2004. Mais le chiffre global reste modeste, au regard notamment de la présence des américains. L’arrivée en masse des programmes français sur les écrans arabes, ce n’est donc pas pour tout de suite. Mais des relations de confiance se nouent d’année en année entre vendeurs et acheteurs. Plusieurs acheteurs m’ont confié qu’ils adoraient la France, sa langue et sa culture, mais regrettaient que les Français ne sachent pas mieux se vendre. Les choses sont donc peut-être en train de changer ! Un dossier de Corinne Audouin, journaliste-spécialiste des médias à France Inter.

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