Le village italien de Bardonecchia, une station de ski piémontaise, voit désormais arriver un flux régulier de migrants qui espèrent gagner la France voisine, malgré le froid et les contrôles.

Des migrants marchent dans la neige en direction du Col della Scala pour franchir la frontière entre l'Italie et la France, près de Bardonecchia
Des migrants marchent dans la neige en direction du Col della Scala pour franchir la frontière entre l'Italie et la France, près de Bardonecchia © Radio France / Piero Cruciatti

Après la fermeture de la frontière à Vintimille, sur la côte, les migrants ont commencé à passer par la montagne, et en particulier par la route du col de l'Echelle, longue de 16 km, qui sépare Bardonecchia de Névache, le premier village Français. Malgré le froid et le vent, ils bravent tous les risques. Et quand ils tentent de franchir la frontière en train, les choses en sont pas plus faciles.

Julie Pietri s'est rendue à Bardonecchia, petite ville des Alpes italiennes, située à quelques kilomètres de la frontière française. Une station de ski nichée au creux des montagnes. 3 000 habitants hors saison, 30 000 pendant les vacances. 

Chaque jour, une dizaine d'exilés arrivent à Bardonecchia avec l'espoir de passer en France

Youssouf, Malien et Fa, Ivoirien, n'ont pas de papiers : "Coûte que coûte, on est prêts pour tout. Ici on ne se sent pas biens. On est prêt à tout pour entrer en France. On va essayer de traverser." Ce qui revient dans la bouche de ces hommes, souvent francophones, souvent très jeunes, c'est cette idée : nous avons connu la Libye, nous avons traversé la mer méditerranée, ce n'est pas la montagne qui va nous arrêter. 

L'ex poste des douanes début du chemin qu'empruntent les migrants
L'ex poste des douanes début du chemin qu'empruntent les migrants © Radio France / Julie Pietri

Silvia Massara est enseignante et habite Bardonecchia. Elle passe ses soirées à convaincre les migrants de ne pas s'aventurer dans la montagne : "Les derniers temps au moins ils ont des vestes, parfois chaudes parfois pas très chaudes. Certains d'entre nous 'montent', mais on essaie déjà de les trouver sur la route et on leur dit n'y allez pas, danger de mort, vous ne passerez pas. Mais ils répondent 'si je meurs tant pis, je veux voir avec mes yeux'. Certains sont à l'hôpital, un garçon a perdu ses pieds. J'espère qu'avec le dégel le printemps ne nous fera pas découvrir des corps."

La montagne étant devenue une impasse, les migrants tentent de passer en France par d'autres voies comme les bus ou les trains qui desservent la France. 

Les migrants tentent de passer en France par d'autres voies comme les bus, les trains qui desservent la France
Les migrants tentent de passer en France par d'autres voies comme les bus, les trains qui desservent la France © Radio France / Julie Pétri

Le TGV Turin-Paris, s'arrête ici trois fois par jour, c'est le dernier arrêt italien avant la frontière. À chaque fois, des agents de la police aux frontières française, montent à bord, arpentent chaque wagon et font descendre, côté Français, ceux qui ne sont pas en règle. Ils les ramènent alors à Bardonecchia. 

Ce soir-là, à la nuit tombée, une femme Nigériane, enceinte de cinq mois, est escortée et déposée par les policiers devant la gare. Elle se sent mal, a des contractions, elle n'a jamais été suivie médicalement en Italie. Carola Martino, médecin pour l'association Rainbow for Africa, pose la main sur son ventre, l’ausculte et appelle les secours : "Écoute, j'ai appelé une ambulance pour t'emmener à l'hôpital. Pour faire un contrôle. Vous serez plus tranquilles toi et ton mari."

Son mari, Vito 31 ans attend, à l'écart. Ils sont arrivés en Italie, il y a deux ans. Ils vivaient jusqu'ici à Milan : "Je suis venu en Italie. Ils ne m'ont pas donné de papiers. J'ai cherché du travail pendant deux ans mais il n'y a pas de travail. J'ai commencé à mendier pour nourrir ma femme et maintenant elle est enceinte. Je veux quitter l'Italie et vivre une meilleure vie en France. Mais je ne sais pas quoi faire maintenant. Je n'ai pas d'argent avec moi, de maison pour mettre à l'abri ma femme et mon bébé. Ce matin, elle n'a pas mangé. Une femme qui est enceinte et qui n'a pas mangé depuis ce matin. Et elle n'est pas assez forte pour marcher. Qu'est-ce qu'ils veulent que je fasse ? Je suis fatigué."

Trois migrants patientent devant la gare de Bardonecchia
Trois migrants patientent devant la gare de Bardonecchia © Radio France / Julie Pietri

À Bardonecchia, se croisent des personnes sans-papiers et d'autres qui ont obtenu un titre de séjour en Italie mais qui ne veulent pas y rester, parce qu'elles non plus, ne trouvent pas de travail. 

"Le messieurs n'a pas assez d'argent pour aller en France", extrait d'un échange entre des policiers français de la PAF et un médiateur employé par la mairie italienne de Bardonecchia qui ne comprend pas pourquoi un jeune homme, a été refoulé alors qu'il avait des papiers en règle. La policière, explique alors que les papiers ne suffisent pas. Que la personne doit aussi avoir sur lui de l'argent et une attestation d'hébergement. 

Francesco Avato, le maire de Bardonecchia, dit en avoir assez de la politique française. Depuis 2015, les contrôles aux frontières sont devenus systématiques et le projet de loi présenté ce mercredi prévoit en plus 3 750 euros d'amende et un an de prison pour ceux qui entreront illégalement en France. 

La France est-elle en train de devenir notre ennemi ? 

Francesco Avato explique : "Même s'ils risquent 10 ans de prison, les migrants vont passer quand même. Nous ne voulons pas devenir un autre Vintimille ou un petit Calais. 

La politique française est difficile à comprendre. Difficile de se dire que la France est mon ennemie. Je pense que ce n'est jamais bien d'utiliser le thème de la peur pour gouverner".

L'Italie, vote début mars pour des élections législatives. La question des migrants est au cœur des débats. 

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