Les scandales de pédophilie éclaboussent à ce point l’Église que le pape François a décidé de convoquer un Sommet extraordinaire sur la question. Les évêques du monde entier seront réunis à Rome à partir de jeudi et durant quatre jours.

Le Pape François a décidé de convoquer un Sommet extraordinaire sur la pédophilie
Le Pape François a décidé de convoquer un Sommet extraordinaire sur la pédophilie © AFP / Tiziana Fabi

Nous sommes à l’Université Grégorienne de Rome, établissement pontifical centenaire dirigé par les Jésuites. La messe matinale est plus fréquentée que d’habitude. C’est un jour de cérémonie : 16 étudiants reçoivent un diplôme en protection de l’enfance. Religieux ou laïcs, ils ont suivi cinq mois de formation pluridisciplinaire autour d’un thème : les abus sexuels. Le Père Wyclief Ochieng, par exemple, du Kenya :

"Je  suis prêtre et je sais que cette cause est très importante. J’ai  maintenant en main des outils pour l’affronter. Je connais les facteurs de risque et je sais créer un environnement de confiance pour les victimes. C’est un champ risqué qui requiert de la formation et de l’entrainement. 

Vous vous faites un tas d’ennemis en révélant des cas d’abus. En même temps il y a tellement de travail... Tous ces cas qui sont cachés... Au Kenya aucun scandale n’a encore éclaté au grand jour, mais ça ne veut pas dire qu’il ne se passe rien ! Et le jour où ils éclateront il faudra savoir comment réagir

Ces hommes et ces femmes réclament un changement drastique, et que les victimes commencent à être entendues. Des attentes à mille lieux de pays comme les États-Unis, qui en sont à écarter les évêques négligents ou les prêtres jugés coupables. Teresa est religieuse au Nigeria, fraîchement diplômée elle aussi du Centre de Protection pour Mineurs :"Au Nigeria nous vivons dans une culture du silence, contrairement aux  États-Unis ou à l’Europe. Les gens ne connaissent pas leurs droits, ils ne savent pas qu’ils peuvent parler, notre culture ne le supporterait pas ! 

Les parents eux-mêmes préfèrent protéger l’image de leurs enfants plutôt que de révéler les cas d’abus. Et quand le crime est perpétré par quelqu’un de l’Église, ils protègent l’Église ! Ainsi, personne ne sait que l’Église aussi se comporte mal parfois

"Une culture de l'impunité des clercs"

Au sein de l’Église, les formations comme celles de la Grégorienne restent rarissimes, mais les structures locales se multiplient. Dans les diocèses notamment, pour faire de la place aux victimes. "C’est vrai qu’on a progressé", reconnait  le Père Stéphane Joulain, un expert pourtant très critique. Formé en  psychothérapie et victimologie, il accompagne les pédophiles comme les victimes depuis des années et sur tous les continents :"L’Église doit s’attaquer à sa structure même ! Où L’Église peut faciliter les choses, c'est quand elle protège ces hommes. Puisqu'on sait que dès que les premières transgressions importantes arrivent, elles ont souvent été précédées par un certain nombres de transgressions. Et si on n'a pas sanctionné ces transgressions au fur et à mesure qu'elles apparaissent, la personne va grandir dans un sentiment d'impunité. Donc cela a permis de créer au sein de l'Église, une culture de l'impunité des clercs qui est très liée à la problématique du cléricalisme. 

Il y a tout un travail à faire parce que nous sommes face à des enjeux de pouvoir : vous avez des pays où le clergé est très fort et constitutif de la structure même de la société, ce qui rend très difficile la critique et l’évaluation. Ce sont des éléments systémiques sur lesquels il va falloir se pencher très sérieusement, parce qu'ils sont au cœur de cette crise actuelle

L’Église est dotée de tout un corpus de normes face à la pédophilie, aux abus. Le Sommet organisé ne devrait pas en faire émerger de nouvelles : ce n’est pas le but. Le pape François va insister pour que la lutte contre les abus soit érigée au rang de priorité. Partout, sans exception : pour une tolérance zéro qui aille au-delà des mots.
 

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