Ouverte en 2002 à la pointe sud-est de Cuba par l’administration Bush fils, la prison de Guantánamo héberge 40 prisonniers, surveillés par 1 800 militaires américains et 200 civils

Ouverte en 2002 à la pointe sud-est de Cuba par l’administration Bush fils, la prison de Guantanamo héberge 40 prisonniers, surveillés par 1 800 militaires américains et 200 civils
Ouverte en 2002 à la pointe sud-est de Cuba par l’administration Bush fils, la prison de Guantanamo héberge 40 prisonniers, surveillés par 1 800 militaires américains et 200 civils © Maxppp / Maren Hennemuth /DPA / picture-alliance / Newscom

Guantanamo, prison la plus chère du monde, a ouvert il y a un peu plus de 18 ans et c’est là-bas que doit se tenir le procès de cinq commanditaires des attentats du 11-Septembre.

Pour nous rendre sur place, nous empruntons le Boeing 737 affrété par le département de la Défense en banlieue de Washington. À bord de l’appareil à moitié vide, on repère à l’avant le juge qui cette semaine tiendra une commission militaire, puis l’équipe du procureur, et les avocats de quelques-uns des 40 hommes qui sont toujours détenus dans la prison.

À l’arrière, la journaliste du New York Times Carol Rosenberg. Elle couvre depuis plus de 20 ans, avant même l’ouverture de la prison, et y passe une à deux semaines par mois, à dormir sous une tente installée à Camp Justice.

Elle est sans aucun doute la personne qui connait le mieux Guantánamo : "Jusqu’à 780 prisonniers sont passés par là. Neuf sont morts ici. Certains ont été renvoyés chez eux. Quelques uns ont été condamnés. Et aujourd’hui il n’y a plus que 40 détenus. Neuf doivent répondre de crimes de guerre. Tous les autres sont ici sans charge, considérés comme prisonniers de guerre, la guerre contre le terrorisme".

Un coût astronomique

La base navale abrite 6 000 personnes au total, dont 1 800 gardiens et 200 civils uniquement affectés à la surveillance de 40 détenus aujourd’hui. Le coût de Guantánamo est astronomique. "On a trouvé une étude qui démontre que cette prison coûte 13 millions de dollars par an et par prisonnier. Guantánamo, c’est cher, parce qu’on a choisi Guantánamo. C’est isolé, loin de tout, ils ne peuvent absolument rien acheter à Cuba. Ils doivent tout importer. Par avion, ou par une barge. 6 000 personnes vivent sur la base. C’est une petite ville avec les marins et leurs familles. Il y a une école. Une église. Un cinéma. Et tout ça coûte très cher", détaille Carole Rosenberg.

"Vous ne pouvez pas torturer quelqu’un et organiser après un procès qui respecte les standards internationaux de justice"

En cinq jours passés sur place, la commission militaire va se réunir deux fois. Le temps et la justice passent extrêmement lentement à Guantánamo, pour une raison que le major James Valentine, qui défend deux de ces prisonniers explique, clairement. La plupart de ces hommes ont été détenus et torturés dans les prisons secrètes de la CIA, entre 2003 et 2006. Et la justice militaire en cours à Guantánamo ne sait pas comment gérer cela : "Vous ne pouvez pas torturer quelqu’un et organiser après un procès qui respecte les standards internationaux de justice. En plus, la CIA ne révélera jamais ce qu’elle sait".

Détenus âgés

À 17 heures, le clairon sonne la fin de la journée. Suzie Hensler, avocate, civile cette fois, qui dirige l’équipe de défense d'Abdul Hadi al Iraqi, 59 ans, soupçonné d’avoir été l’un des commandants militaire d’Al Qaïda. L’âge des détenus fait que le coût de leur détention va encore augmenter : "Il n’y a pas ici le niveau médical suffisant pour cette population de détenus âgés. En particulier des prisonniers qui dans le passé ont été torturés. Et qui souffrent encore physiquement et psychologiquement des traitements qu’ils ont subi".

Sur le campement de toiles, installé pas très loin du tribunal militaire et normalement réservé à la presse, Carol Rosenberg est cette semaine-là la seule journaliste américaine à couvrir les audiences. Alors que beaucoup de ses confrères ont renoncé, elle continue, soutenue par son journal, le New York Times et par organisation du prix Pulitzer. "C’est une prison américaine, un tribunal militaire américain. Je me sens obligée de montrer à mes lecteurs ce qui se passe ici".

Donald Trump a déjà dit qu’il n’avait aucunement l’intention de fermer Guantánamo. Au printemps dernier, le Pentagone estimait qu’il aurait encore besoin de garder cette prison ouverte pour les 25 prochaines années.

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