Près de la gare de l'Est, à proximité des grands boulevards, Paris a abrité jusqu'à 70 éventaillistes jusqu'au début du XXeme siècle. Aujourd'hui, ils ne sont plus qu'une poignée à pratiquer ce métier qui a mille facettes. A 72 ans, Anne Hoguet, maître d'art, exerce toujours dans l'atelier familial.

Anne Hoguet dans son atelier
Anne Hoguet dans son atelier © Radio France / Sophie Becherel

Au carrefour du boulevard de Strasbourg et du Boulevard St Denis à Paris, un immeuble ancien abrite le dernier atelier d'un quartier où ont exercé près de 70 éventaillistes au XIXeme siècle. A cette époque, la renommée des artisans français  domine l'Europe.  Anne Hoguet est l'une des dernières à pratiquer ce métier. 

"C'est Colbert qui a séparé les métiers explique" t-elle car "tout le monde se disait éventailliste". Seuls les tabletiers basés dans l'Oise avaient le droit de faire la monture, en écaille, en ivoire, en nacre, tous les matériaux rares et les éventaillistes parisiens étaient chargés du décor de la feuille, de son montage et de la commercialisation. Son père  a racheté l'un des derniers ateliers parisiens, a mis ses filles au travail dès l'âge de 14 ans. Seule Anne a perpétué le savoir-faire familial: "Je n'ai pas eu le choix mais je me suis prise au jeu et c'est devenu une passion".

Eventail en plumes de paon
Eventail en plumes de paon © Radio France / Sophie Bécherel

Fabriqué au début avec de large feuilles, en Asie et en Afrique, l'éventail a 3 fonctions: éventer, chasser les mouches et attiser le feu. Très vite, il devient signe de pouvoir et de richesse et utilisé par les hommes. Les japonais le font évoluer au VIIeme siècle en copiant les ailes de chauve-souris qui se plient et de déplient. Quant aux Chinois, ils inventent l'éventail brisé, c'est à dire avec des brins de tabletterie reliés par un ruban.  

Ces deux modèles existent toujours aujourd'hui. Un éventail doit être ouvert et fermé régulièrement. Il doit servir pour ne pas s'abîmer.  L'objet a été introduit en Europe par les ports portugais. Il devient féminin quand Catherine de Médicis s'en entiche et fait venir toutes les corporations. Son âge d'or est associé à Versailles.  "A la cour, toute l'aristocratie se promène l'après-midi avec un éventail et le soir on prend un autre éventail. Les femmes en avaient une quinzaine. Parce que les peintres comme Vateau ou Fragonard ont peint sur des éventails et que la monture nécessitait des mois de travail, le coût était élevé. Aujourd'hui, ce serait le prix d'une belle voiture" ajoute celle qui conserve précieusement la collection de son père. Des milliers de pièces d'exception. 

L'atelier d'Anne Hauguet
L'atelier d'Anne Hauguet © Radio France / Sophie Bécherel

Dans l'atelier où le mobilier est classé car il a été dessiné pour l'artisan d'origine, Anne Hoguet travaille pour la haute couture, l'opéra, le music-hall, le cinéma. Elle créé et restaure. C'est devenu l'essentiel de son activité. Quand une cliente comme Nathalie Mourier vient lui apporter une dentelle en soie réalisée par ses soins afin de lui trouver une monture, elle va chercher dans ses stocks. Bois, corne, ivoire, nacre, elle peut tout proposer! 

Aujourd'hui, s'éventer, c'est simplement selon elle retrouver un geste. Un geste qui n'est pas compatible avec l'usage du téléphone portable. A l'image de l'impact de la cigarette dans les années 20 qui a occupé les mains des femmes et contribué à la disparition des éventails, le portable menace cet objet élégant et très utile. 

Le réchauffement climatique sauvera t-il l'éventail ? Anne Hauguet l'espère. "En 2003, il y a eu un sursaut" dit-elle. "C'est écolo et cela remplace avantageusement ventilateur et climatiseur conclue t-elle dans un éclat de rire".

Le musée de l'Eventail, 2 Bd de Strasbourg 75002 Paris (fermé pour des raisons de mise au normes). Ce musée privé est menacé. La mairie de Paris souhaite récupérer les lieux. 

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