Cent ans cette année, Lévi-Straus est le douxième auteur entrant de son vivant dans la prestigieuse collection. Ethnologue, anthropologue, il a lui-même choisi les ouvrages qui la composent : pas les plus difficiles, ceux de l'anthropologue structuraliste, mais les plus accessibles. Et ce sont de jeunes intellectuels qui ont édité cette Pléiade, notamment deux professeurs de littérature. Il faut imaginer Claude Lévi-Strauss, devant sa bibliothèque classée par continent, guidant un jeune trentenaire au milieu de ses livres et regardant, lui-même, l'effet de sa pensée sur la jeune génération. Ce jeune chercheur c'est Vincent Debaene, 34 ans, enseignant la littérature aux Etats-Unis (interview). En relisant Lévi-Strauss, on se dit qu'il nous lègue une humanité en voie de disparition. Et cette Pléiade nous restitue aussi l'atelier de l'écrivain Lévi-Strauss. Les notes qu'il a prises par exemple lors de ces voyages à la rencontre des bororos, ou des nambikwaras (interview Vincent Debaene). Dans cette Pléaide, on découvre aussi le Lévi-Strauss sensible au monde, notamment avec le livre « Regarder, écouter, lire ». Comment écouter « Castor et Pollux » de Rameau ? Qu'est ce que l'audition colorée, c'est-à-dire la correspondance entre couleur et note de musique ? Ces questions, Lévi-Strauss les décortique à travers Rimbaud par exemple. Pour lui, l'artiste idéal est le vannier qui refait inlassablement les gestes de la nature. En lisant Proust, Diderot, en regardant le travail des artistes dits primitifs, il fait appel au critique d'art autant qu'au neurobiologiste. Et si ces positions ont pu paraître réactionnaires sur l'art, il nous ouvre des pistes de réflexions sur la beauté, pour lire le monde, c'est-à-dire le rendre intelligible. C'est Martin Rueff, professeur de littérature et l'un des éditeurs de cette Pléiade, qui nous ouvre les portes du sens et du sensible chez Lévi-Strauss (interview). Lévi-Strauss, grand mélancolique en deuil d'une beauté perdue, ce qui explique qu'on ait pu penser qu'il soit purement réactionnaire par rapport à la création de ces dernières décennies. Un reportage de Christine Siméone.

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