Le ministre de l'Immigration et de l'Intégration, Eric Besson, annonçait, la semaine dernière, la création de formations pour les futurs imams dans des universités publiques. Elles pourraient voir le jour dès l'an prochain et seraient une première en France. Cette initiative s'inspire de l'expérience menée à l'Institut catholique de Paris. Depuis 2008, la "Catho" accueille chaque année une vingtaine d'étudiants musulmans. Des imams, des aumoniers et des responsables associatifs qui reçoivent un enseignement laïc dans un établissement catholique. C'est toute l'originalité de cette formation, baptisée "Interculturalité, laïcité et religions". Elle s'étale sur un an avec des cours le vendredi soir et le samedi. Les étudiants sont initiés au droit des religions, aux droits de l'homme, à l'économie et la gestion des cultes, la philosophie, la réthorique, l'histoire des institutions et des valeurs républicaines. Le sociologue des religions, Olivier Bobineau, dirige ce cursus universitaire financé par le ministère de l'Immigration (interview). Malgré ces oppositions, l'Institut catholique a déjà formé près de 70 étudiants, hommes et femmes, qui officient aujourd'hui dans les mosquées, la gendarmerie, les prisons ou les hôpitaux. Comment ces étudiants sont-ils sélectionnés ? En principe, cette formation est ouverte à tous y compris aux non-musulmans. Seule condition : il faut avoir au moins le niveau Bac. Mais en réalité, les étudiants sont choisis par les principales fédérations qui composent le Conseil français du culte musulman. A l'exception de l'UOIF, l'Union des organisations islamiques de France, qui s'est toujours opposée au projet. Alors la plupart de ces étudiants sont d'origine étrangère. Ils viennent d'Afrique noire, de Turquie ou du Maghreb, comme Ibrahim Saadan. Costume impeccable et cartable en cuir à la main, cet ingénieur de 43 ans est imam à la mosquée de Plaisir en région parisienne (interview). Le vendredi, Ibrahim Saadan prêche devant plus de 500 fidèles. Ses sermons, dont on vient d'entendre un extrait, il les fait en arabe et en français. Parfois, il puise son inspiration dans les cours qu'il a reçus à l'Institut catholique (interview). Et aujourd'hui donc, le gouvernement veut étendre cette formation aux universités publiques. Eric Besson l'a confirmé la semaine dernière. L'Etat négocie actuellement avec 2 universités, celle d'Aix-Marseille notamment. Mais au ministère de l'Intérieur, le bureau des cultes estime que cette annonce est prématurée. Elle pourrait même s'avérer contre-productive. C'est également l'avis de Franck Frégosi. Spécialiste de l'islam, il est directeur de recherche au CNRS à Strasbourg (interview). En attendant, l'Institut catholique de Paris reste la seule université à proposer ce genre de formation. Autant dire une goutte d'eau dans un pays comme la France qui compte actuellement plus de 1 500 imams. Un reportage de Yann Gallic. ____ Bibliographie : « Former des imams pour la République », sous la direction d’Olivier Bobineau, CNRS Editions, 2010 « Islam et modernité, Identités entre mairie et mosquée », Stéphane Lathion, Desclée de Brouwer, collection « Religion et Politique », 2010 « Le religieux et le politique, Douze réponses de Marcel Gauchet », Olivier Bobineau, Desclée de Brouwer, collection « Religion et Politique », 2010 « Penser l’islam dans la laïcité », Franck Frégosi, Fayard, 2008

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