De plus en plus de Français ont recours à la chirurgie bariatrique.
De plus en plus de Français ont recours à la chirurgie bariatrique. © PhotoPQR/La Montagne

Après l'Amérique, l'Europe devrait bientôt affronter une "crise d'obésité" de grande ampleur, prédit l'OMS dans une étude publiée récemment. 15% des Français sont aujourd'hui concernés. Pour perdre du poids, de plus en plus d'entre eux ont recours à la chirurgie bariatrique. 50.000 opérations sont réalisées chaque année.

Une chambre d'hôpital au CHU de Lille. Catherine est à quelques minutes de son opération.Cette femme de 47 ans pesait 57 kilos il y a encore quelques années. Elle en fait aujourd'hui 130 :

Grossesse, divorce, décès... Tout s'est accumulé. On n'est pas gros parce qu'on l'a choisi. Certains boivent, d'autres se droguent... Moi, c'était la nourriture.

Des années à se sentir "hors de la société", ajoute Catherine, jusqu'au jour où la chirurgie a fini par s'imposer comme la seule solution :

Je n'en vois pas d'autres ! J'ai fait plein de régimes, de l'acupuncture... Rien n'a fonctionné.

La chirurgie comme dernier recours n'est proposée qu'aux obèses sévères, soit 2% de la population. Il faut compter, en moyenne, un an de préparation et de consultations avant le jour J.

Il est midi, Catherine entre au bloc. Elle est opérée par le Professeur François Pattou :

Ce n'est pas une opération de confort. L'obésité sévère est loin d'être une situation banale. C'est une maladie qui diminue l'espérance de vie et qui est associée à de nombreuses pathologies, comme le diabète, les maladies cardio-vasculaires ou encore l'apnée du sommeil. Cette maladie a, en outre, un retentissement social considérable, entraînant une très grande souffrance pour les patients qui en sont atteints.

Plusieurs techniques de chirurgie existent : pour Catherine, c'est un "bypass", une partie de son estomac va être court-circuitée. La plupart des aliments iront directement dans l'intestin grêle. Catherine connaît les risques : un à deux morts pour 1.000 opérations et des complications possibles. Elle espère retomber à 80 kilos, soit 50 de moins qu'avant l'opération.

"Lune de miel post-opératoire"

La chirurgie, c'est la garantie, par la suite, d'une perte de poids spectaculaire. Une autre patiente, Fabienne, pesait 200 kilos. Un an après son opération, cette joyeuse blonde en a déjà perdu 64 : "Cela part tout seul, naturellement", précise-t-elle. Dans son cas, une autre technique de chirurgie a été retenue : le "sleeve", son estomac a été réduit des trois-quarts de son volume :

On ne mange plus beaucoup : trois ou quatre coups de fourchette et on n'a plus faim. Par exemple, je vais manger six frites ! C'est du grignotage.

Le diabète de type 2 de Fabienne a disparu. Et sa vie a changé :

Je me sens dix fois mieux. Je revis. Je vais à la piscine, je marche, je danse !

Fabienne vit ce que les nutritionnistes appellent la "lune de miel post-opératoire".Mais attention, Marie Pigeyre, médecin-nutritionniste, met en garde ses patients :

Lors de la préparation, avant même l'opération, on leur explique que la chirurgie n'est pas un coup de baguette magique. Les deux premières années, c'est souvent tout rose mais après il y a des risques de rechute et de reprise de poids. L'essentiel est de maintenir une alimentation variée et de bouger régulièrement.

Pas de guérison définitive

L'estomac peut en effet de nouveau se dilater. D'où un suivi nécessaire et des compléments à avaler pour pallier les carences en vitamines, en zinc ou en fer... Et ce pour toute la vie. Les médecins insistent : aujourd'hui, l'obésité ne se guérit pas définitivement. La chirurgie apparaît comme le remède médical le plus efficace, analyse le Professeur François Pattou :

Les adultes atteints d'obésité sévère ont encore peu de solutions efficaces. Ce qui est encore plus terrible, c'est que les adolescents atteints d'obésité sévère ont peu de chance de ne pas devenir des adultes obèses. Je ne peux donc pas dire que c'est une technique d'avenir, mais c'est une technique qui est certainement là pour s'installer et qu'il faut apprendre à réaliser le mieux possible.

En attendant peut-être un jour un médicament "miracle" contre cette maladie du 21ème siècle.

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