Alors que se tient à Mexico le forum mondial de l’eau, la corne de l’Afrique fait face en ce moment à une grave sécheresse, comme on n’en a pas vu depuis au moins 10 ans. Du Soudan à la Tanzanie, plus de 11 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire d’urgence, d’après les chiffres des Nations-Unies. Au Kenya, les conséquences du manque d’eau sont manifestes. Une image révélatrice : celle d’un dromadaire mort au bord de la route. S’il y a un animal qui résiste à la soif, qui est capable de traverser des déserts, c’est bien lui. Et aujourd’hui, même les dromadaires meurent au Kenya. Alors, la situation n’est pas partout la même. A Nairobi, par exemple, il a beaucoup plu ces dernières semaines. En revanche, certaines zones arides n’ont pas reçu de pluies significatives depuis 2 ans. Le district de Mandera, dans le nord-est du pays, à la frontière avec l’Ethiopie et la Somalie, est une zone déjà défavorisée en temps normal : elle manque d’infrastructures ; les routes sont très mauvaises ; et la région est surtout peuplée d’éleveurs semi-nomades. Depuis le mois de décembre, ils voient mourir leurs bêtes les unes après les autres. (Témoignage). Ils ont besoin de viande et de lait. Privés de leurs troupeaux, ces éleveurs n’ont plus aucune ressource pour vivre. C’est ce qui entraîne une inquiétante augmentation de la malnutrition. Les centres de l’organisation humanitaire Action contre la Faim accueillent 4 fois plus de personnes qu’il y a 3 mois. Pour l’instant, il s’agit surtout de malnutrition modérée. Mais on voit quelques cas dramatiques, avec des enfants décharnés et malades qui arrivent trop tard pour être soignés. Et la sécheresse perturbe aussi le travail des humanitaires. Lindsay Harkness travaille pour Action contre la Faim. (Témoignage) Elle explique que les familles n’ont pas d’eau pour cuisiner les rations qu’on leur donne. Elles reçoivent 20 litres par semaine pour une famille entière - ce qui fait moins de 3 litres d’eau par famille et par jour ! Alors autant dire qu’il n’est plus question de laver ses vêtements. L’eau, c’est uniquement pour boire et manger. Pour s’approvisionner, des hommes et des femmes parcourent des kilomètres chaque jour. Encore faut-il qu’il y ait au bout une rivière, un plan d’eau, un puits qui ne soit pas complètement à sec. Dans les zones les plus arides, des villages ont dû se déplacer. Les habitants ont quitté le bush pour venir planter leurs huttes au bord de la route. Là, au moins, ils sont visibles, et ils espèrent qu’on va les aider. Mais il n’y en a pas pour tout le monde et ça entraîne de plus en plus de tensions. A proximité des points d’eau, il y a régulièrement des affrontements mortels entre les clans. Et les humanitaires, qui sont là pour aider, se retrouvent parfois dans des situations délicates. C’était récemment le cas de Veronika, qui est nutritionniste à Malkamari (Extrait témoignage : "J’ai été encerclée par des villageois. Ils ont même essayé de nous attaquer pour avoir de l’eau." La prochaine saison des pluies, c’est fin mars début avril. Mais d’après les prévisions météo, on ne doit pas compter dessus, la sécheresse va se poursuivre. Donc il faut, de toute urgence, plus de moyens pour approvisionner les habitants en eau. C’est une question de survie. Un dossier d'Aurélie Kieffer, qui revient du Kénya où elle était en reportage. INFOS : Un dossier multimédia intitulé « Soif » est en ligne sur le site de France Inter. On y retrouve les reportages et les photos réalisés par Aurélie Kieffer : http://www.radiofrance.fr/reportage/dossier Action contre la faim http://www.actioncontrelafaim.org/

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