Même si la mortalité maternelle et néonatale a considérablement chuté ces 20 dernières années au Sénégal, la situation reste alarmante et les autorités le reconnaissent, le pays n'atteindra pas l'an prochain les objectifs du Millénaire, fixés par l'ONU.

Au Sénégal, des milliers de femmes meurent en donnant la vie
Au Sénégal, des milliers de femmes meurent en donnant la vie © Radio France / Solenn Le Hen

La mortalité néonatale est dix fois plus élévée au Sénégal qu'en France, la mortalité maternelle 50 fois plus. Accoucher au Sénégal, cela signifie risquer sa vie et celle de son enfant.

Collé Diouf en a fait la douloureuse expérience. Cette jeune femme rencontrée à M'Bour, à 80 km de Dakar, a vécu quatre grossesses, deux de ses enfants sont morts-nés :

Je ne suis pas la seule, je connais d'autres femmes qui, comme moi, ont perdu leur bébé.

Hémorragies, infections, fausses couches, les complications sont nombreuses pour ces femmes souvent malnutries, fatiguées par les tâches quotidiennes et affaiblies par des accouchements successifs.

De nombreux drames pourraient être évitées

Au Sénégal, des milliers de femmes meurent en donnant la vie
Au Sénégal, des milliers de femmes meurent en donnant la vie © Radio France / Solenn Le Hen

Le poids de la tradition y est pour beaucoup : dans les régions reculées, une majorité de femmes accouche encore à domicile. Et en cas de problème, il est souvent trop tard pour les évacuer vers les dispensaires les plus proches. Le coût d'un accouchement est par ailleurs prohibitif pour les familles les plus pauvres.

Des morts pourraient être évitées aussi à l'hôpital ou dans les centres de santé, si les moyens et le matériel, étaient suffisants. Exemple dans l'une des maternités de Thiès, à 70 km de Dakar.

Ici, sur un lit, au milieu du brouhaha général, une femme vient de donner naissance à une petite fille, elle tente de se reposer, son bébé emmitouflé tout contre elle. A côté, une autre femme est assise sur une simple table d'examen, elle est en plein travail... sans péridurale.

Elle grimace de douleur depuis une heure, perd du sang. Un chat se faufile entre les gouttes tombées à terre. Quand on demande à la sage-femme si c'est pour bientôt, elle répond : "Inch'allah !"Et puis cela se complique, à cause de la découverte d'un fibrome. La sage-femme impuissante finit par évacuer la parturiente vers un plus gros hôpital. Le quotidien, en somme.

L'Association des sage-femmes monte au créneau

Manque de moyens, surcharge de travail, l'Association des sages-femmes dénoncent des conditions intenables, à l'image de Binta Demba Sarr, sage-femme depuis 22 ans :

Le matériel n'est pas complet... La sage-femme doit se démultiplier.

Au Sénégal, il y a 1.300 sages-femmes en activité. C'est insuffisant, reconnaissent les autorités. Et le paradoxe, c'est que 3.000 sages-femmes sont formées, diplômées, mais au chômage ! L'an dernier, l'Etat n'en a recruté que 130. "Nous n'avons pas le budget et ce n'est pas la priorité des priorités", explique El Haji Djiane, chef de la division formation au ministère sénégalais de la Santé.

Au Sénégal, des milliers de femmes meurent en donnant la vie
Au Sénégal, des milliers de femmes meurent en donnant la vie © Radio France / Solenn Le Hen

La naissance, pas une priorité pour le gouvernement ? C'est bien le problème pour Aly Fall,reporter au journal "Le Quotidien" :

1.000 policiers et 1.000 gendarmes ont été recrutés récemment, alors que nous n'en avons pas besoin.

La santé représente à peine 10 % du budget global du Sénégal, loin des objectifs que le pays s'était fixés. Aujourd'hui, l'essentiel des efforts dans ce domaine est placé dans le projet d'une couverture maladie universelle.

Au Sénégal, des milliers de femmes meurent en donnant la vie
Au Sénégal, des milliers de femmes meurent en donnant la vie © Radio France / Solenn Le Hen
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