Sur les plages d’aquitaine, les blockhaus du mur de l’atlantique sont aujourd’hui dans l’eau.
Sur les plages d’aquitaine, les blockhaus du mur de l’atlantique sont aujourd’hui dans l’eau. © Radio France / Aurélien Colly

Les conclusions du GIEC sont sans appel : la température sur terre de ne cesse d’augmenter et le niveau des mers et des océans de monter. En France, 1700 kilomètres de côtes sont menacées par l’érosion marine qui s’accélère, soit un quart du littoral.

Au nord et au sud, les zones les plus menacées sont le Pas-de-Calais, la Seine-Maritime, le Gard et l'Hérault. Sur la façade Atlantique, la plus exposée, ce sont surtout la Gironde, les Landes et les Pyrénées-Atlantiques qui pâtissent de l’avancée inexorable de la mer, surtout depuis que les tempêtes historiques de l'hiver 2013-2014 ont lessivé les dunes et les plages de sables qui constituent les trois-quarts du littoral aquitain.

"On avait eu des coups de tempêtes ponctuels entrainant des reculs de dunes, mais pas de cette catégorie, ni avec de telles hauteurs de houle" , souligne Hervé Cazenave, chargé du littoral à la mairie de Lacanau, qui rappelle que la mer déchaînée a fait exploser les anciennes défenses et englouti une vingtaine de mètres de plage supplémentaires. Et la station balnéaire de Lacanau ne fait pas figure d’exception, car l’érosion s’est dramatiquement accélérée sur tout le littoral aquitain, où les blockhaus allemands du mur de l’Atlantique sont depuis longtemps dans l’eau.

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"Alors que l’érosion moyenne est de un à trois mètres par an sur le littoral aquitaine, l’hiver 2013-2014 a entraîné un recul du trait de côte qui a atteint, 20 mètres, 30 mètres et même 40 mètres dans certains endroits" , insiste Cyril Mallet, ingénieur au Bureau des recherches géologiques et minières, qui assure la surveillance de l’évolution du trait de côte en Aquitaine.

Pour l’instant, impossible de savoir si l’hiver 2013-2014 deviendra la nouvelle norme, d’autant que cet hiver a été plus clément. Une certitude toutefois, l’hiver 2013-2014 a pris de court les scientifiques. À Lacanau par exemple, leurs prévisions ont été balayées avec un recul de la côte qui a atteint le niveau qui avait été prévu pour 2040.

"À peu près 10% du littoral sableux aquitain est urbanisé, et la plupart de ces 10% sont menacés à court terme. Toutes les villes du Médoc, comme Soulac ou Lacanau, mais aussi les Landes, avec des stations balnéaires comme Biscarosse" , explique Cyril Mallet.

Quelle réponse face à la montée inexorable de la mer__

La première, c’est la "politique du chêne" : résister. Dans l’urgence, Lacanau a choisi cette option, en faisant construire un kilomètre d’enrochement pour protéger la cité, alors que la promenade et les immeubles du front de mer sont directement menacés par les vagues.

"Aujourd’hui, on est prêt grâce à cet ouvrage, car il a été conçu pour résister à des phénomènes aussi forts que ceux de l'hiver 2013-2014, mais maintenant, financièrement, Lacanau ne pourra pas supporter de nouveaux hivers comme l’année dernière, car l’ouvrage a coûté 3,3 millions d’euros et la commune est très endettée" , explique Hervé Cazenave, chargé du littoral à la mairie de Lacanau. Un fonds spécial vient même d’être ouvert aux particuliers et aux entreprises pour payer l’entretien de la nouvelle barrière protectrice, voire son renforcement dans l’avenir.

Deuxième solution face à l’érosion qui gagne, "la politique du roseau", qui consiste surtout à accompagner le phénomène plutôt que d’y résister de front. Au sud de Lacanau par exemple, l’Office national des forêts (ONF) travaille à renforcer et stabiliser les dunes grâce à la végétation, et ce mélange entre défenses dures et douces, fonction des enjeux à protéger, est aujourd’hui le modèle dominant dans les communes les plus exposées.

Une troisième solution, plus radicale, se profile pourtant : le retrait pur et simple. C’était un tabou jusqu’à peu, mais il a sauté avec un symbole : l’immeuble "le Signal" construit en 1967, à Soulac, à 200 mètres de la mer, et qui est aujourd’hui vidé de ses habitants car la mer est à cinq mètres de ses fondations. Lacanau n’en est pas encore là, mais ce sera le sort de nombreuses communes du littoral aquitain, à court, voire très court terme. "Ces défenses restent des solutions provisoires et il faudra de toute façon céder du terrain pour que la nature reprenne ses droits, qu’on retrouve des zones tampons où les biens pourront être déplacés et mis en sécurité à l’arrière" , conclut David Roseberry, chargé de projet à l’ONF.

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