Anti-immigration, anti-féministe, homophobe, fervent défenseur de l’unité de l’Espagne contre les indépendantistes catalans, le parti espagnol entend bien percer aux législatives et aux européennes. Reportage en Andalousie, le laboratoire de Vox.

 Sur un stand d'information du parti Vox, à Camas, Andalousie. Le parti d'extrême droite espagnol a fait de cette région son laboratoire.
Sur un stand d'information du parti Vox, à Camas, Andalousie. Le parti d'extrême droite espagnol a fait de cette région son laboratoire. © Radio France / Isabelle Labeyrie

C’est un parti qui a déjà fait exploser le paysage politique espagnol. Après avoir fait irruption au parlement andalou, le 2 décembre dernier, il veut désormais conquérir le pays tout entier, s’imposer aux législatives du 28 avril comme aux européennes du 26 mai.

Vox a déjà réussi à mettre fin à l’exception espagnole, seul pays d’Europe qui n’avait pas de mouvement d’extrême-droite structuré... Traumatisme hérité de la dictature de Franco.

Anti-immigration, anti-féministe, homophobe, fervent défenseur de l’unité de l’Espagne contre les indépendantistes catalans, le petit parti voit grand. Mais quel est son programme, quelles sont ses méthodes ?

Un militant de Vox, en Andalousie. Le parti entend bien gagner du terrain lors des législatives du 28 avril et, fin mai, aux européennes.
Un militant de Vox, en Andalousie. Le parti entend bien gagner du terrain lors des législatives du 28 avril et, fin mai, aux européennes. © Radio France / Isabelle Labeyrie

Une poignée de militants en gilet fluo, quelques tracts sur une table de camping – recouverte d'un drap vert pomme, la couleur du parti : à Camas, ville dortoir en banlieue de Séville, Vox vient à la rencontre de ses électeurs. "Nous, on écoute les citoyens", dit l'un des organisateurs, "on ne vient pas, comme les autres, avec des idées toutes faites".

Ici le taux de chômage flirte avec les 30%, dans une région qui est déjà l'une des plus pauvres d’Espagne. Alors très vite, sur la place ensoleillée de la mairie, on parle immigration, insécurité, laxisme des autorités. "Au moins, Vox, ils peuvent régler tout ça... On a besoin d’une personne à poigne, que ça file droit !" dit une habitante, qui signe une pétition de soutien au parti.

Vox, parti populiste, parti d'extrême-droite ? Ses membres récusent les qualificatifs. On n’est pas d’extrême-droite !! dit Gonzalo Alba, entrepreneur et militant. C’est une étiquette qu’ils nous collent, et vous savez pourquoi ? Parce qu’ils ont peur... Parce que nous, on dit la vérité. On gêne parce qu’on dénonce la corruption, les sociétés fictives !"

Stand d'information du parti Vox, Camas, Andalousie, le 11 mars 2019
Stand d'information du parti Vox, Camas, Andalousie, le 11 mars 2019 © Radio France / Isabelle Labeyrie

Novices en politique

Pour résoudre la pauvreté, l'un de ses thèmes de prédilection, Vox propose de faire des économies dans les administrations, en supprimant même les compétences régionales. 

A coup d'arguments populistes, jouant sur le discrédit et l'usure des deux grands partis dominant la scène politique espagnole, le Parti Populaire (PP) et le Parti socialiste (PSOE), englués dans des affaires de corruption, Vox a réussi à remporter 12 sièges au parlement andalou aux élections de décembre dernier. 12 sur 109. Alors pour les étapes suivantes, pas question de changer de méthode.

"A Vox, on est des gens ordinaires, pas des politiciens professionnels ! rajoute Gonzalo Alba. Moi j’ai une petite entreprise, il y a des salariés, des retraités... Ce qui nous intéresse ce n’est ni la fonction, ni le fauteuil, ni le salaire... Nous, on travaille pour l’Espagne."

María José Piñero, députée de Vox au Parlement andalou et présidente du parti en Andalousie.
María José Piñero, députée de Vox au Parlement andalou et présidente du parti en Andalousie. © Radio France / Isabelle Labeyrie

"C'est ce qui fait notre force", complète Maria José Piñero, présidente de Vox à Séville, qui s'est mise en disponibilité pour se consacrer à ses activités politiques. "Nous sommes capables de sacrifier beaucoup, notre travail, notre famille, pour faire avancer le parti".

Vox, fondé en 2014 par un ancien du PP, Santiago Abascal, est majoritairement composé de bénévoles et tente d'en faire un atout électoral. Le parti dit n'avoir que 18 salariés à temps plein, "y compris le salaire de la femme de ménage du siège, à Madrid". Bien loin des superstructures du PP et du PSOE.

La nostalgie de Franco ?

Marie-Carmen, 72 ans, se laisserait presque convaincre. "Ecoutez... on doute  ! Moi, j’ai toujours été pour le Parti Populaire. Mais... j’ai perdu confiance. Eux, Vox, on ne les connaît pas bien, ils sont nouveaux... mais s’ils font ce qu’ils disent, je voterai pour eux !

La crise catalane a aussi servi de détonateur. Elle a permi à Vox de capitaliser sur la déception des électeurs conservateurs, nombreux à juger Mariano Rajoy trop laxiste face aux indépendantistes.

Devant le stand, la discussion se termine dans de grandes embrassades... sous le regard d'une vingtaine de personnes, rassemblées de l’autre côté de la place. Silencieuses, derrière une grande banderole : "non au fascisme à Camas".

Manifestants anti-fascistes face au stand d'information de Vox, à Camas, la 11 mars 2019
Manifestants anti-fascistes face au stand d'information de Vox, à Camas, la 11 mars 2019 © Radio France / Isabelle Labeyrie

Pour Alma, qui participe à cette contre-manifestation, Vox rappelle les temps de la dictature franquiste. Plusieurs membres du parti ont d'ailleurs des liens avec la fondation Franco.

Mais ce qui heurte particulièrement la jeune infirmière, ce sont les positions anti-féministes du parti : "ils veulent supprimer une loi contre les violences faites aux femmes pour parler de "violences domestiques".  Agir ainsi, c'est refuser de voir que les femmes sont victimes de discrimination parce qu'elles sont des femmes. Qu'on est face à est un problème de société.

La polémique a fait les gros titres des journaux quand Vox a tenté d'exiger cette modification de la part de ses futurs partenaires de coalition. 

Régulièrement, les manifestations du parti entraînent la riposte de militants d'extrême-gauche. Que les membres de Vox répercutent à l'envi sur les réseaux sociaux. "400 000 personnes ont voté pour nous aux élections en Andalousie, dit Maria José Piñero. Ca veut dire que nous sommes 400 000 fascistes ? Les vrais fascistes, ce sont eux, ces intolérants qui n'acceptent pas que l'on pense différemment".

Vox est porté par un contexte mondial. "Le message de ce "national populisme" imprègne de plus en plus les esprits, partout dans le monde : Trump aux Etats-Unis, Bolsonaro au Brésil, Matteo Salvini en Italie, Marine Le Pen en France... En Espagne, son influence va s'étendre dit le journaliste indépendant Juan Miguel Baquero

Juan Miguel Baquero, journaliste indépendant, auteur de plusieurs ouvrages sur les crimes du franquisme
Juan Miguel Baquero, journaliste indépendant, auteur de plusieurs ouvrages sur les crimes du franquisme © Radio France / Isabelle Labeyrie

"Le scénario que l'on a connu en Andalousie va se reproduire ailleurs, dans d'autres régions, avec des coalitions de droite qui seront contraintes de gouverner avec l’appui de l’extrême-droite."

A Camas, "l'opération proximité" terminée, les militants replient leur table de camping. Demain ils seront dans un autre village : travail de fourmi à travers tout le pays, jusqu’aux élections du 28 avril.

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