Ils s'appellent Yves Aubry, Robert Baud, Michel Martucci. Ce sont tous de parfaits inconnus. Leur point commun ? Ils rêvent de l'Elysée. Pendant que Ségolène Royal ou Nicolas Sarkozy occupent le devant de la scène, ils s'activent en coulisses, en quête de tribunes pour faire passer leur message et de parrainages pour participer au premier tour en 2007. Le Conseil Constitutionnel recense aujourd'hui 130 candidats environ. 130 candidats et à peine une douzaine connus du grand public. Aux côtés de Ségolène Royal ou de Jean-Marie Le Pen, on trouve dans cette liste Raoul Wampas (président du Mouvement pour le redressement de la Gironde), Lucien Sorréda (inventeur de l'audacieux concept de "président dictateur républicain"), Armand Galéa (un ancien militaire nostalgique du général De Gaulle, qui sillonne la France en camping-car), ou encore Angelo Piccolo, qui propose sur son site Internet un nouvel hymne tricolore. A vous de juger (interview). Voilà... Angelo Piccolo fait partie de ces candidats farfelus, voire franchement branquignols, ce sont les plus nombreux. La semaine dernière, le Conseil Constitutionnel a par exemple reçu le coup de fil d'un candidat prophète envoyé par Dieu pour sauver la France. Mais, parmi les "petits" candidats, on trouve aussi des prétendants plus sérieux. Ce sont en général des représentants de minuscules formations politiques, qui regroupent parfois plusieurs centaines d'adhérents. C'est le cas d'Alternative libérale, qui revendique même 3.000 membres. Son champion, l'ultra-libéral Edouard Fillias, 27 ans seulement, veut notamment en finir avec le monopole de la Sécu et pas question de le taxer de "petit" candidat (interview). A priori, ils n'ont aucune chance d'obtenir les 500 parrainages d'élus, les signatures. Pour démarcher les élus, il faut des moyens humains et beaucoup d'argent. Mais certains y mettent le prix ET l'énergie. Rachid Nekkaz, par exemple, qui préside le Club des élus "'Allez France", affirme avoir déjà décroché 504 promesses de parrainages (il me les a montrées, d'ailleurs). Ce créateur d'entreprise, issu d'une famille très modeste, a misé gros dans cette campagne (interview). Rachid Nekkaz propose plusieurs mesures phares, comme l'inscription automatique sur les listes électorales. Mais beaucoup de candidats n'ont qu'une seule idée, ou qu'une seule cause à défendre : trois hommes (pas moins!) portent la voix des handicapés, deux autres représentent le courant fédéraliste. Citons encore Nathalie Getliffe, cette Française détenue au Canada dans une affaire de garde d'enfants et qui veut alerter l'opinion sur son combat. Frédéric-Joël Guilledoux, journaliste à Marseille Hebdo, a consacré un livre à ces candidats de l'ombre, "Tous candidats", aux éditions Fayard. Difficile de dresser un portrait-type. On remarque tout de même qu'il y a peu de femmes, beaucoup de retraités, et qu'ils sont de plus en plus nombreux, à la faveur notamment des nouveaux moyens de communication. Et selon Frédéric-Joël Guilledoux, leur rôle est loin d'être négligeable dans l'histoire de la 5ème République (interview). Et pour ceux qui en douteraient, rappelons qu'en 1974, un certain Jean-Marie Le Pen récoltait à peine 1% des suffrages. C'était alors un tout petit candidat. Un dossier de Franck Mathevon.

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