On l"appelle "l"intifada des couteaux" : à Jérusalem et dans les territoires occupés, des Palestiniens poignardent et parfois ouvrent le feu sur des Israéliens, ajoutant encore et encore au climat d'extrême tension qui crispe d'un côté comme de l'autre et fait craindre l'explosion d'une nouvelle intifada . Benjamin Illy et Gilles Gallinaro, envoyés spéciaux de Radio France à Jérusalem, ont rencontré des survivants et des proches de victimes d’attentats.

C’était au début du mois dans la Vieille Ville de Jérusalem. Odel Benita a 21 ans. Elle est juive orthodoxe. Son mari est mort sous ses yeux, poignardé par un Palestinien. Aujourd’hui, elle a encore un bandage à la main et ses doigts, abimés, portent les traces du couteau.

Odel Benita, 21 ans :

"J’ai reçu dix-sept coups de couteau et personne n’a essayé de nous aider. Autour de moi, il y avait des groupes de jeunes Palestiniens, vingt jeunes hommes, et personne ne nous a aidés. Maintenant nous sommes brisés. Les Palestiniens ne sont pas tournés vers la paix : quand on enseigne à des enfants comment on se sert d’un couteau ou d’une arme et qu’on incite à la haine, c’est qu’on est tourné vers la haine, pas vers la paix", explique-t-elle.

Odl Benita, victime du 1er attentat de cette vague de terreur le 1er octobre
Odl Benita, victime du 1er attentat de cette vague de terreur le 1er octobre © Radio France / Gilles Gallinaro

Et ce n’était qu’un début : les attaques sont devenues quasi quotidiennes. L’une d’elles, particulièrement choquantes, a eu lieu dans un quartier juif d'Armon Hanatziv, à Jérusalem-Est. Deux jeunes Palestiniens sont ainsi montés à bord d’un bus de la ligne 78 avec couteau et pistolet.

Deux personnes sont mortes, notamment Haviv Haim, 78 ans. Son fils Yaron, ressasse le film des événements : "Ces deux individus se sont présentés face à mon père et lui ont tiré une balle dans la tête puis deux coups de feu en direction de ma mère. C’est inhumain : mes parents étaient des gens très tolérants qui respectaient tout le monde, arabes comme israéliens."

Yaron, fils d’Haviv Haim, mort dans l’attentat du bus de la 78 :

De l’autre côté, à Jabel Moukaber, un quartier palestinien, ceux désignés comme des assassins sont décrits comme des martyrs. Passés les blocs de bétons qui barrent désormais l’entrée du quartier planté en face au quartier juif, un dédale de ruelles cabossées serpente autour de maisons détruites, souvenir d’une punition collective infligée par Israël aux familles de "terroriste".

Le but n’est pas de tuer. C’est de faire entendre la voix d’une personne totalement désemparée. Tous les jours on confisque nos terres, on porte atteinte à notre dignité, on porte atteinte à nos lieux saints

Mouawyah habite là. Son cousin, Alaa Abou Jamal, a mené une attaque à la voiture bélier la semaine dernière, tuant un Israélien. "Tuer un Juif, justifie-t-il, ce n’est pas la question. Le but n’est pas de tuer. C’est de faire entendre la voix d’une personne totalement désemparée. Tous les jours on confisque nos terres, on porte atteinte à notre dignité, on porte atteinte à nos lieux saints. Les sanctions collectives attisent la rancune et la rage et fournissent un prétexte à ceux qui n’auraient jamais commis quoique ce soit ."

Mouawyah, cousin d'Alaa Abou Jamal, l'un des auteurs à la voiture bélier :

Mustafa Khateeb, lui n’aurait rien commis du tout. C’est au moins la conviction de son père. Ce dernier, à peine 17 ans, a été tué par la police israélienne, accusé d’avoir tenté de poignarder un garde-frontière. Son père, Adel Khateeb, veut des preuves et soupçonne une bavure.

Adel Khatib, le père de Mustapha, tué par la police israélienne, accusé d'avoir tenté de poignarder un garde-frontière
Adel Khatib, le père de Mustapha, tué par la police israélienne, accusé d'avoir tenté de poignarder un garde-frontière © Radio France / Gilles Gallinaro

Aucune réponse. Et depuis, Israël refuse de rendre le corps de Mustafa à sa famille…"Tuer nos enfants aura des conséquences, prédit l’homme, parce que les jeunes, quand ils voient des enfants abattus de sang froid, comme mon fils, voudront se venger. C’est ce qui s’est passé avec un ami de mon fils, l’un des auteurs de l’attaque du bus…"

Le père de Mustafa, abattu par la police israélienne à 17 ans à peine :

Au sentiment d’injustice des Palestiniens répond le sentiment d’insécurité des Israéliens. La violence qui engendre la violence, le cycle infernal qui fait craindre à tous une nouvelle intifada.

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