Un décret obligera bientôt les aumôniers islamiques à suivre un cursus universitaire de la Sorbonne avant de prêcher en prison, dans l'armée ou dans les hôpitaux.

25 élèves sont inscrits à la Sorbonne jusqu'en janvier pour comprendre les règles de laïcité.
25 élèves sont inscrits à la Sorbonne jusqu'en janvier pour comprendre les règles de laïcité. © Radio France / Clara Lecocq Réale

C'était une volonté du gouvernement pour renforcer la formation des cadres religieux : créer des diplômes universitaires sur la place des religions dans l'État laïc. Depuis l'attentat de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, quatorze formations de ce type ont été créées. Clara Lecocq Réale, reporter à France Inter, s'est rendue à l'université de la Sorbonne - Paris I, qui propose un cursus intitulé Connaissances de la laïcité.

Ils sont 25 étudiants à s'être inscrits pour venir s'asseoir sur les bancs de l'université de la Sorbonne, tous les lundi jusqu'au printemps prochain. La majorité d'entre eux sont musulmans, voilées ou en djellabah. Ils sont soucieux, comme Housna, de savoir comment est définie la laïcité dans la loi. Elle voudrait "être en position de pouvoir [s]'exprimer, avoir l'arme juridique pour expliquer [qu'elle a] le droit d'être comme [elle est]".

Une arme juridique et du répondant, c'est aussi ce que vient chercher Demba Mohammed Doucouré, imam et aumônier pénitencier dans le Val-d'Oise.

La laïcité est-elle finalement devenue une nouvelle religion, qui empiéterait sur les autres ? "Non", leur répond Bernard Legras, professeur et directeur de ce diplôme universitaire (DU). L'an dernier, il a découvert la "très grande méconnaissance [des lois] et la difficulté, pour l'Islam, à s'implanter dans le paysage religieux français."

Enseigner la laïcité pour prévenir la radicalisation ?

Cette méconnaissance des lois peut engendrer la colère et amener certains à se radicaliser. Mais le ministère de l'Intérieur, qui finance le diplôme à hauteur de 15 000 euros chaque année, ne tient pas à employer le terme de "dé-radicalisation" pendant les cours. Il est clair, néanmoins, que les étudiants présents travaillent, pour beaucoup, avec un public potentiellement radicalisé.

C'est le cas de Demba, aumônier à la prison d'Osny. Il côtoie notamment des détenus qui ont séjourné en Syrie, ou qui ont été accusés de fomenter des attentats en France.

Un diplôme bientôt ouvert aux imams ?

Secrètement, le responsable du diplôme, Bernard Legras, aimerait accueillir des imams dans ce cursus, pour confronter des discours plus radicaux aux règles de la République.

Ce vœu pourrait être réalisé dès l'année prochaine, pour les aumôniers, en tous cas : un décret est en préparation, en ce moment au ministère des Cultes, place Beauvau. Ce décret obligera tous les aumôniers hospitaliers, militaires et pénitenciers à passer ce diplôme pour pouvoir exercer et être rémunérés. Sa publication est attendue pour la fin de l'année.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.