À vingt minutes d'Orlando, au cœur de la Floride, se trouve Eatonville. Fondée par d'anciens esclaves, elle a été la première ville noire officiellement reconnue après l'abolition d'esclavage aux Etats-Unis. Eatonville abrite aujourd'hui 2.600 habitants dont 20% de Blancs et de Latinos qui cohabitent tous ensemble.

A l'entrée d'Eatonville une arche a été érigée pour célébrer la création de la ville.
A l'entrée d'Eatonville une arche a été érigée pour célébrer la création de la ville. © Radio France / Benjamin Fontaine

Eatonville a vu le jour en 1881, lorsque 27 anciens esclaves noirs ont réussi à réunir suffisamment d'argent pour acheter 45 hectares de terrain et créer une ville où il se sentirait en sécurité, entre eux. Six ans plus tard elle deviendra la première ville noire reconnue et intégrée.

L e club de jazz a vu passer les plus grandes stars

Aujourd'hui, Eatonville accueille un peu plus de 2.600 habitants. À l'entrée de la ville, une grande arche surplombe la route principale. Elle a été érigée en 2012 pour les 125 ans de la ville. 

Le club de jazz est désormais fermé.
Le club de jazz est désormais fermé. © Radio France / Benjamin Fontaine

En se promenant dans les rues, il est impossible d'oublier l'histoire d'Eatonville. Des panneaux d'informations racontent la vie de certains habitants. La première église de la ville est devenue un musée. Sur les murs du club de jazz, une fresque évoque Barry White, Aretha Franklin, James Brown. Ils se sont tous produits dans l'établissement désormais fermé.

Eatonville s'étale en longueur, sur un peu plus de trois kilomètres, le long de l'avenue Kennedy. Un rapide tour en voiture dans les différents quartiers permet d'observer des maisons rouges et bleues un peu délabrées. D'autres sont plus luxueuses.

Cette maison a accueilli la première église de la ville.
Cette maison a accueilli la première église de la ville. © Radio France / Benjamin Fontaine

Le centre-ville se résume à une petite supérette, un restaurant et un bureau de poste. À l'heure du Covid, l'endroit le plus vivant reste encore l'église. En ce dimanche, en plein sermon, le pasteur James Green vient de lancer un message à la petite vingtaine de fidèles. "Sortez et allez voter ! C'est le seul meilleur moyen de faire le meilleur choix pour notre communauté et pour vous !" Après la cérémonie, il accepte de nous en dire plus. "Dans la communauté afro-américaine, des gens ont versé leur sang pour que nous ayons ce droit de vote. Certains sont morts. Il ne faut pas qu'ils aient fait cela pour rien. Je ne donne pas d'indication politique. Il faut simplement que les gens fassent entendre leur voix. C'est la démocratie !" confie-t-il.

"Les Blancs et les Latinos paient des impôts, c'est bon pour nous."

Il n’y avait pas un seul blanc ou un seul latino à la messe, pourtant le pasteur assure que tout le monde se mélange. Billy a 81 ans, il s’occupe de l’une des églises de la ville. Il vit à Eatonville depuis 25 ans. "Au début, il n'y avait que des Noirs et on a vu arriver les Blancs, les Latinos. C'est bon pour nous parce qu'ils paient des impôts," s'amuse le vieil homme. "Franchement, tout le monde s'entend bien. Il n'y a pas de problèmes."

En 1889, un appel est lancé dans le journal pour appelé la communauté noire à se rassembler.
En 1889, un appel est lancé dans le journal pour appelé la communauté noire à se rassembler. © Radio France / Benjamin Fontaine

Selon les statistiques, Eatonville accueille aujourd’hui 78% de Noirs, 12% de Blancs et 10% de Latinos. Le mélange des communautés est loin d'être flagrant. La majorité des Blancs habite à l'autre extrémité de la ville, dans un lotissement quasiment neuf. Travis a trouvé son logement grâce à son assistante sociale. "Je vis bien ici. J'avais un peu peur de venir parce que je savais que c'était une ville où il y avait peu de mélanges mais il n'y a pas de gens qui traînent dans les rues pour fumer de l'herbe ou boire de l'alcool."

"Nous sommes plutôt bien accueillis." 

Maha a 22 ans. Elle habite la ville depuis quelques mois avec ses parents d’origine portoricaine. "Nous sommes plutôt bien accueillis et c'est d'ailleurs le cas dans le secteur d'Orlando en général. Dans d'autres parties du pays, les choses sont plus compliquées. Ce qui me frappe c'est qu'à 15 minutes d'ici il y a une ville qui s'appelle Winter Park avec une majorité des Blancs et il y a surtout de très grandes et belles maisons. Ce n'est pas le cas ici. Les conditions de vie ne sont pas les mêmes." 

40% de la population sous le seuil de pauvreté

Selon le maire Eddie Cole, il n'y aurait pas de violence à Eatonville. Le risque de voir émerger une affaire Georges Floyd ou Breonna Taylor serait limité. "Les jeunes savent qu'ils peuvent parler avec la police lorsqu'il y a un problème. Je ne me rappelle même plus lorsque la police à ouvert le feu ici. Les gens se parlent beaucoup," assure l'élu.

Eddie Cole, le maire de la ville d'Eatonville.
Eddie Cole, le maire de la ville d'Eatonville. © Radio France / Benjamin Fontaine

La vie n’est pourtant pas idéale à Eatonville. D’après la dernière campagne de recensement, 40% des 2.600 habitants vivraient sous le seuil de pauvreté, soit deux fois plus que dans tout le comté. Eddie Cole ne croit pas vraiment à ses statistiques. "La pauvreté ça dépend de ce que vous voulez faire dans la vie. Les gens peuvent se payer l'électricité, l'eau et leur loyer. Personne ne fait la manche dans la rue et si vous venez vous asseoir sur le parking à 3h du matin, personne ne viendra vous embêter." 

Pour appuyer ses propos sur la force de la communauté dans sa ville, le maire explique qu'il n'y eu aucun décès dû au Covid-19 à Eatonville. "Parce que les plus jeunes protègent les plus âgés."

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