On poursuit ce matin notre tournée des quartiers populaires. Episode 2 : Tremblay-en-France en Seine-Saint-Denis pour aborder la question de l'emploi. Trois générations d'habitants témoignent.

Tremblay-en-France, en Seine-Saint-Denis, compte 36.000 habitants, dont plus de 7.000 en quartier prioritaire de la politique de la ville
Tremblay-en-France, en Seine-Saint-Denis, compte 36.000 habitants, dont plus de 7.000 en quartier prioritaire de la politique de la ville © Radio France / Claire Chaudière

Quatre décennies après ses débuts, certains voudraient voir la politique de la ville relancée. D'autres aimeraient, inversement, la supprimer. Nous voici à Tremblay-en-France en Seine-Saint-Denis pour aborder la question de l'activité économique. Claire Chaudière nous livre les regards de trois générations d'habitants de quartiers populaires, pour comprendre ce qui a changé -ou pas- en près d'un demi-siècle dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville.

A vol d'oiseau l'aéroport de Roissy, le plus gros bassin d'emplois du secteur, est à 4 kilomètres seulement du centre-ville de Tremblay-en-France. "Mais pour y travailler maintenant c'est très strict. Il faut avoir un casier judiciaire totalement vierge" lâche un élu de la municipalité. "Autant dire que beaucoup de jeunes ici n'y ont pas accès."

Plein emploi

Odette habite au 7e étage d'un immeuble du centre de Tremblay-en-France. Le paysage de sa fenêtre a énormément changé ces dernières années, avec de gros travaux de rénovation.
Odette habite au 7e étage d'un immeuble du centre de Tremblay-en-France. Le paysage de sa fenêtre a énormément changé ces dernières années, avec de gros travaux de rénovation. © Radio France / Claire Chaudière

Odette, "72 ans bien sonnés" comme elle dit, a promis de me montrer la ville de sa fenêtre, et de me raconter son parcours. Du 7ème étage de son immeuble, l"un des plus calmes du secteur" se félicite cette Tremblaisienne d'adoption, on aperçoit au loin l'autre quartier de Tremblay, plus sensible. "Là bas, au delà de la Poste, je ne m'y aventure plus beaucoup...Mais ici je suis super bien. Au début dans les années 70 quand je suis arrivée, j'étais vraiment déboussolée par ces grands ensembles. Aujourd'hui je ne pourrais pas partir."

Je travaillais chez Kodak Pathé et mon mari était chauffeur poids lourd. On a eu cet appartement, la famille venait de s'agrandir. Beaucoup de gens travaillaient sur l'aéroport, chez PSA à Aulnay aussi... Il y avait beaucoup plus de travail qu'aujourd'hui, c'est certain. 

Il y a cinq ans, l'usine Peugeot d'Aulnay-sous-Bois fermait effectivement ses portes, à deux pas de Tremblay-en-France. Pour les plus anciens, la nouvelle a été insoutenable. "Vous voyez ces papas sur le banc là-bas ? Ils sont fatigués. Ils se sont levés très tôt pendant des décennies pour aller à l'usine. Aujourd'hui, notre génération, et celle des plus jeunes encore, on doit prendre la relève, et ne pas devenir un souci pour eux ! ". 

Soba travaille au contact des jeunes à Tremblay-en-France. Elle aimerait lancer un dispositif d'accompagnement des jeunes « renvoyés » au Mali par leurs parents, désespérés de les voir « tenir les murs » ou risquer la prison.
Soba travaille au contact des jeunes à Tremblay-en-France. Elle aimerait lancer un dispositif d'accompagnement des jeunes « renvoyés » au Mali par leurs parents, désespérés de les voir « tenir les murs » ou risquer la prison. © Radio France / Claire Chaudière

Presque quarantenaire, Soba est née dans la commune voisine de Villepinte et a déménagé après ses études. Elle se définit comme membre de la grande diaspora malienne. Après avoir fait pas mal de petits boulots, elle a trouvé sa voie : le social, et accompagne les jeunes vers l'emploi.   

"Tenir les murs" ou monter sa propre entreprise ?

Là, c'est l'endroit où les jeunes de Tremblay tiennent les murs, on va dire ! C'est un peu triste. Mais ça ne dure qu'un temps en général. Certains se ressaisissent. Le tendance, c'est plutôt celle de monter sa propre entreprise : barbershop, taxiphone, Uber... même si les VTC ont de moins en moins la cote. Trop de précarité. Les femmes aussi lancent leur business de cuisine ou de customisation d'objets.   

Au pied d'un immeuble, une poignée d'habitants réparent des véhicules au noir sur un parking en plein air, non loin d'un point de trafic de cannabis pas très discret. Omar, la vingtaine à peine, a choisi lui de lancer sa micro-entreprise de location de voiture : "J'aurais pu faire de grandes études, mais tous mes copains qui l'ont fait galèrent aujourd'hui. Peut-être parce que les portent des entreprises ne sont pas ouvertes. Il existe des discriminations. Moi je ne regrette pas mon parcours. J'ai économisé, fait un micro-crédit. La municipalité m'a aidé. J'espère bientôt passer à la vitesse supérieure"

Omar a d'abord lancé sa micro-entreprise de location de voiture, avant de passer récemment au statut SASU (Société par actions simplifiée unipersonnelle)
Omar a d'abord lancé sa micro-entreprise de location de voiture, avant de passer récemment au statut SASU (Société par actions simplifiée unipersonnelle) © Radio France / Claire Chaudière

D'ici peu Omar compte arrêter son contrat d'animateur jeunesse à mi temps, pour se consacrer à temps plein à son entreprise.

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