Fin juillet, Donald Trump décrivait la ville de Baltimore (Maryland) comme "un cloaque dégoûtant infesté de rats et autres rongeurs". La population, à grande majorité noire, a été blessée par ses propos considérés comme racistes. Or, la question raciale sera encore très présente dans les prochains mois aux États-Unis

Le quartier de West Baltimore. La population, à grande majorité noire, est blessée par les propos de Trump considérés comme racistes
Le quartier de West Baltimore. La population, à grande majorité noire, est blessée par les propos de Trump considérés comme racistes © Radio France / Grégory Philipps

C’est la plus vieille église afro américaine de la ville, située West Baltimore dans un quartier gangrené par les trafics de drogue, le crime, la pauvreté. À perte de vue, comme dans la série "The Wire" : des maisons aux fenêtres murées par des planches de bois et abandonnées. 

Mais ce dimanche matin, les fidèles de la Madison Presbyterian Church sont bien présents et celle qui prononce le prêche, le pasteur Phyllis Felton, tient à revenir sur les propos tenus par le locataire de la Maison-Blanche : "Être ainsi décrit comme un endroit infesté de vermine, et comme une ville où personne n’a envie d’habiter ! Nous voulons faire taire ce genre de propos ! On veut que tout le monde comprenne que nous ne sommes pas ça. Oui, notre ville a des difficultés, elle doit se battre. Contre la pauvreté. Contre le racisme. Mais il y a un vrai besoin d’unité. Et pendant ce temps-là, Trump prêche la division et la haine. Il nous divise et ça nous plombe"

Inquiétude aussi de l’une des fidèles de cette église, Marcia Jordan : "Ce qui m’effraye le plus, ça n’est pas lui. Mais plutôt ses supporters que l’on voit dans ses meetings. L’autre jour, à propos de quatre Représentantes démocrates (noires ou d’origine étrangère), ils hurlaient : 'renvoyez-les chez elles !' Le président affirme qu’il a bien tenté de les calmer, mais ce n’est pas vrai". 

En attaquant ainsi frontalement le Représentant démocrate Elijah Cummings et sa ville de Baltimore, Donald Trump met-il volontairement de l’huile sur un feu qui ne s’est jamais vraiment éteint aux États-Unis, pays où la question du racisme et des relations entre les noirs et les blancs reste encore d’actualité ? 

C’est l’avis du professeur de sciences politiques et d’histoire afro-américaine Julian Maxwell Hayter, de l’université de Richmond, Virginie : "Cette question des races a toujours été présente dans la politique américaine, depuis très longtemps. Le racisme est même considéré comme une stratégie politique aux États-Unis, depuis presque toujours. Donc venant de Trump, cela ne me surprend pas. On parle d’un homme qui, au moment de l’élection de Barack Obama, a émis des doutes sur le certificat de naissance du président, et sur sa nationalité. Néanmoins, je pense qu’avec cette rhétorique de la campagne de Trump, les afro-américains seront en 2020 plus nombreux à aller voter qu’en 2016 pour Hillary Clinton. Quatre années de présidence Trump vont créer chez eux un sentiment d’urgence." 

Les propos tenus sur Baltimore devraient inciter les gens à se déplacer plus massivement aux urnes

Selon les sondages, Donald Trump ne recueille aujourd’hui que 6 à 18% des intentions de vote de la population afro-américaine. Et les démocrates ont bien compris que pour 2020 ils devront aller chercher le vote des noirs mais aussi celui des latinos. 

Après la polémique de la fin juillet, Trump a toutefois assuré qu’il était la personne la moins raciste au monde. Et le Représentant démocrate Elijah Cummings lui a lancé une invitation afin qu’il vienne à Baltimore. Mais dans la ville, les plaies sont encore à vif. Le Baltimore Sun, le journal local, a publié cet éditorial au vitriol : "Il vaut mieux avoir quelques vermines dans son quartier, plutôt que d’en être une soi-même".

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