Le 21 avril 1944, bien après la Nouvelle Zélande, la Mongolie ou même la Turquie, la France accordait aux femmes le droit de vote ET d'éligibilité. Elle « se réveillait » peu de temps avant la fin de la seconde guerre mondiale, avec en effet l’ordonnance du 21 avril 44. Les femmes avaient participé activement à la Résistance… Et oh surprise, on se rend compte qu'elles peuvent jouer un rôle dans la société. Ainsi, un an plus tard, le 29 avril 45, elles font pour la première fois entendre leur voix - c'était lors d’élections municipales. Illustrations de cette « révolution » à Neuilly-sur-Seine, dans un bureau de vote. La journaliste s’appelle Lise Elina, la première personne interviewée est Raymonde Machard, sociologue, elle était l’auteure de livres sur le féminisme (extrait archive.) Alors pourquoi si tard ? Ce sont les sénateurs qui ont levé à plusieurs reprises leurs boucliers. Dès 1870 pourtant, la chambre des députés souhaitait ouvrir le vote aux femmes. Plusieurs tentatives… Mais non, pas question pour le Sénat. Prétexte : les femmes étaient trop influençables par l'Eglise qui entretenait des relations délicates avec l'Etat. Jusque là donc, c'était les hommes qui gèraient les affaires publiques. A la maison également, ils étaient les « chefs » de famille ! C’était le cas chez Andrée. Elle a aujourd’hui 90 ans, habite St-Mandé tout près de Paris. Adeline Bruzat l’a rencontrée (interview.) Qu’est-ce qui a changé depuis dans le paysage politique français ? Bien sûr, il y a plus de femmes politiques. On se souvient du passage difficile d'Edith Cresson à Matignon, Ségolène Royal évidemment, au second tour d'une élection présidentielle. Mais on peut également imaginer que sans le vote des femmes aujourd'hui, on vive, pour ainsi dire, des temps politiques plus difficiles. Il suffit de voir les études menées lors de l'élection présidentielle de 2002, avec Jean-Marie Le Pen au second tour. Janine Mossuz-Lavau, politologue, sociologue, directrice de recherche au CEVIPOF, a constaté que sans le vote des femmes, le leader du FN l'aurait emporté au premier tour. Les femmes, explique-t-elle, ont ce rôle de modératrices. Elles veulent d'autant plus défendre ce qu'elles ont mis tant de temps à acquérir (interview.) Quant à la représentativité au sein de la classe politique même, la loi de 2000 sur la parité n'aura pas permis de voir les bancs du Parlement remplis de façon égale par les 2 sexes : à peine 22% de sénatrices, 18,5 % de député é-e-s. Enfin, avec 45 femmes pour 80 sièges, c’est le parlement rwandais qui nous donne une bonne leçon. Un reportage de Thibaut Cavaillès.

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