En Allemagne, la population locale des bords de la mer Baltique s’indigne des sanctions américaines contre le projet de gazoduc Nord Stream 2, et souhaite voir aboutir ce chantier qui doit approvisionner l’Europe en gaz russe.

La station balnéaire de Lubmin au bord de la mer Baltique : un air de plage des Landes à 1240 kms de la Russie
La station balnéaire de Lubmin au bord de la mer Baltique : un air de plage des Landes à 1240 kms de la Russie © Radio France / Ludovic Piedtenu

La chancelière allemande Angela Merkel est au diapason des habitants riverains de ce projet de gazoduc : 

"Notre avis, c’est que le chantier du Nord Stream 2 doit aller jusqu’au bout. C’est un projet qui est mené par des acteurs économiques de Russie et d’Europe.

Sur les bords de la mer Baltique, à Lubmin, à un jet de pierre du fief électoral d’Angela Merkel depuis 30 ans dans ce Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, on pense d’abord au quotidien : les habitants veulent du gaz. 

Tracé du gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l'Allemagne
Tracé du gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l'Allemagne © Radio France / Chadi Romanos

Nord Stream 2, ce sont deux tuyaux côte à côte qui reposent au fond de la mer baltique. Et ce n’est qu’à 350 mètres de la côte allemande qu’ils pénètrent dans un tunnel souterrain jusqu’au port de Lubmin. On voit ces deux conduites blanches de 1,20 mètre de diamètre sortir de terre jusqu’à la station d’arrivée. Tout ça n’est pas plus haut qu’un immeuble de deux étages. C’est là que se fait la connexion avec le reste du réseau européen ! Juste à côté, on trouve, hébergé dans deux containers, un point d’information sur le projet avec des vidéos et des dépliants à destination des touristes et de la population locale.

Sur le port de Lubmin, le consortium Nord Stream 2 a installé un point d’information juste à côté de la station d’arrivée du gazoduc
Sur le port de Lubmin, le consortium Nord Stream 2 a installé un point d’information juste à côté de la station d’arrivée du gazoduc © Radio France / Ludovic Piedtenu

Il ne manque que 14 kilomètres de tuyaux à poser dans les eaux allemandes et la population locale, qui soutient à 71% ce projet selon un dernier sondage paru fin janvier dans le quotidien régional Ostsee-Zeitung, s’impatiente comme cette retraitée, Sabine : "Mon avis est que bien sûr il faut terminer ce chantier ! Il a déjà coûté des millions. On ne peut pas nous dire maintenant d’arrêter, non mais !" 

"On paie déjà assez d’impôts comme ça en Allemagne. On en paie beaucoup. On a besoin de ce projet pour les emplois, pour l’économie et puis parce qu’il nous faut du gaz !"

Près de 10 ans après la mise en service du gazoduc Nord Stream dans cette même commune, ces deux nouveaux tuyaux doivent alimenter en gaz naturel russe 26 millions de ménages en Europe et rapporter un million et demi d’euros supplémentaires par an en taxe professionnelle à cette petite station balnéaire allemande à 1240 kilomètres de la Russie. Pour le maire de Lubmin, Axel Vogt : "La Russie avec Poutine est un partenaire fiable dans la vie sociale comme dans la vie économique du Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et en particulier ici avec nos installations énergétiques et nos entreprises." 

"Je ne vois donc pas pourquoi je devrais mettre de côté Poutine ou le gouvernement russe."

Dans cette région, où la côte ressemble aux plages des Landes, il y a à peine plus de 30 ans, c’était encore la RDA, l’ex-Allemagne de l’Est. Et l’essentiel de la population, plutôt quinquagénaire ou retraitée aujourd’hui, a toujours entretenu des liens avec Moscou. On apprenait le russe à l’école, le principal employeur à Lubmin était la centrale nucléaire construite en 1967, une vitrine technologique des soviétiques aujourd’hui en cours de démantèlement et qui un demi-siècle plus tard jouxte la station d’arrivée du Nord Stream 2.

L’entrée de l’ancienne centrale nucléaire de Lubmin. En 1967 à sa construction, c'était la plus grande d’ex-RDA et une vitrine technologique des Soviétiques
L’entrée de l’ancienne centrale nucléaire de Lubmin. En 1967 à sa construction, c'était la plus grande d’ex-RDA et une vitrine technologique des Soviétiques © Radio France / Ludovic Piedtenu

Charlotte, retraitée à Lubmin se souvient : "Nous avions à l’époque à la centrale nucléaire des spécialistes de l’Union Soviétique et nous nous sommes toujours très bien entendus. Ce nouveau projet aujourd’hui est formidable et ce sera encore mieux quand tout sera terminé."

On parle assez peu de géopolitique ou de droits de l’Homme, pas comme à Berlin ou Paris, et personne ne cite ici l’opposant russe Alexeï Navalny dont l’empoisonnement a tendu un peu plus les relations entre européens et américains d’un côté et russes de l’autre. Les menaces de sanctions de Washington ont stoppé net l’avancée du chantier, ce que déplore Erwin Sellering. L’ancien baron social-démocrate de cette région jusqu’en 2017 préside désormais une association de partenariat germano-russe : "Vous devez vous souvenir que l’Allemagne de l’ouest, la France ont connu 40 ans de guerre froide, et clairement la Russie était le grand ennemi à l’Est". 

"Je voudrais personnellement que l’on entende aussi notre point de vue. La Russie peut être un très important partenaire pour nous. Et sur le plan émotionnel, les gens de 50 ou 60 ans ici ont connu cette période de guerre froide avec un autre regard, une autre compréhension des choses. En tant qu’Allemand, je crois que nous devons veiller à notre relation avec les Russes et ça ne justifie pas une telle méfiance."

Avec d’autres élus locaux des bords de la Baltique, son activisme a abouti il y a quelques semaines, en début d’année, à la création d’une fondation censée acheter le nécessaire pour finir le chantier et contourner les sanctions.

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