Retour à Marseille, un mois et demi après les effondrements d'immeubles de la rue d'Aubagne qui ont fait huit morts et entraîné l'évacuation de 1 500 personnes. Quels chantiers ? Comment reconstruire, réhabiliter le "ventre" de Marseille ?

À quelques encablures de la rue d'Aubagne, l'émotion a laissé place à la colère, notamment autour du marché des Capucins.
À quelques encablures de la rue d'Aubagne, l'émotion a laissé place à la colère, notamment autour du marché des Capucins. © Radio France / Claire Chaudière

Lorsqu'elle regarde devant elle, Linda, la cousine de Chérif, huitième victime de l'effondrement de la rue d'Aubagne, voit un long combat judiciaire, mais le souvenir de ces cinq jours passés dehors, à scruter, tétanisée, le travail des secouristes dans les décombres, a du mal à s'estomper...

Ils l'ont sorti en dernier. On est resté assis sur des marches de la rue d'Aubagne à attendre, encore et encore. Aujourd'hui je regarde toutes les façades, je scrute la moindre fissure. Ma mère dit qu'il ne faut pas que Chérif soit mort pour rien

Grues et autres engins de chantiers continuent de s'activer autour du trou laissé par l'effondrement de deux immeubles, dans le haut de la rue d'Aubagne.
Grues et autres engins de chantiers continuent de s'activer autour du trou laissé par l'effondrement de deux immeubles, dans le haut de la rue d'Aubagne. © Radio France / Claire Chaudière

Droit au retour

Depuis le 5 novembre une première vague de centaines de nouvelles expertises pour identifier les bâtiments les plus fragiles a été lancée, avant une deuxième vague plus importante encore attendue à partir de février. Des dizaines de cadenas pendent, accrochés aux portes. Autour du gigantesque trou laissé par l’effondrement, des engins de chantiers toujours, derrière une grille. Emilie habitait l'un des immeubles voisins du drame, démoli lui aussi.

Emilie habitait un immeuble voisin de la catastrophe, démoli par la mairie juste après le drame. Elle n'est jamais rentrée chez elle.
Emilie habitait un immeuble voisin de la catastrophe, démoli par la mairie juste après le drame. Elle n'est jamais rentrée chez elle. © Radio France / Claire Chaudière

Je viens ici régulièrement. C'est dur de voir qu'il ne reste rien mais j'en ai besoin pour continuer à me battre. Ce quartier regorge de solidarités. On avait notre vie ici. On voudrait s'y réinstaller.

Se battre pour un droit au retour des habitants délogés qui le souhaitent. Au moins 200 rien que dans le "ventre" de Marseille.

L'association Un centre-ville pour tous, dont fait partie Pierre-Alain Cardona, documente les évolutions de plusieurs quartiers de Marseille et l'action des pouvoirs publics sur ces secteurs depuis plusieurs décennies.
L'association Un centre-ville pour tous, dont fait partie Pierre-Alain Cardona, documente les évolutions de plusieurs quartiers de Marseille et l'action des pouvoirs publics sur ces secteurs depuis plusieurs décennies. © Radio France / Claire Chaudière

Noailles est probablement à un tournant de son histoire acquiesce Pierre-Alain Cardona, de l'association Un centre-ville pour tous, mobilisée aux côtés du tout nouveau Collectif du 5 novembre pour éviter que les promoteurs ne s'emparent du secteur. 

On alerte depuis des années. La ville n'est pas la seule responsable mais elle a fait le choix de ne pas utiliser de l'argent public pour réhabiliter certains secteurs, comme Noailles. C'est la stratégie du pourrissement. Au service de financiers pour un projet de centre-ville touristique. Tout ça, c'est documenté. Ce sont les actes qui parlent !

Dernier centre-ville populaire

Marseille est la dernière grande ville française avec un centre-ville populaire. Il faut un grand plan Marshall pour rénover tout en conservant la mixité sociale", poursuit Pierre-Alain Cardona.

L'urbaniste Nicolas Mémain, grand connaisseur de l'histoire marseillaise, remonte le temps et la rue d'Aubagne. Visite guidée dans centre de Marseille encore traumatisé par le drame du 5 novembre.
L'urbaniste Nicolas Mémain, grand connaisseur de l'histoire marseillaise, remonte le temps et la rue d'Aubagne. Visite guidée dans centre de Marseille encore traumatisé par le drame du 5 novembre. © Radio France / Claire Chaudière
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"Noailles n'a pas toujours été un quartier pauvre. Il y a des traces d'une richesse passée un peu partout"

Par Claire Chaudière

Rénover tout en conservant la mixité sociale? Un objectif que dit partager la mairie, rejetant les critiques sur le pourrissement du quartier, regrettant plutôt, par la voix d'Arlette Fructus adjointe en charge du logement, la terrible lenteur des procédures de lutte contre l'habitat indigne : "Nous réclamons des procédures d'exception, il faut une révolution juridique, aller beaucoup plus loin pour désenkyster l'action publique, car l'habitat privé est l'un des droits les mieux protégés en France"

Quartiers nord - centre ville, même combat ?

Ces dernières semaines, trois élus municipaux ont été épinglés identifiés comme copropriétaires bailleurs dans des immeubles visés par des arrêtés. La colère des habitants dépasse désormais largement le centre-ville. A la cité Air Bel, Mohamed Bensaada, figure associative des quartiers Nord observe et fait le lien.

Mohamed Bensaada membre du Syndicat des Quartiers Populaires de Marseille
Mohamed Bensaada membre du Syndicat des Quartiers Populaires de Marseille © Radio France / Claire Chaudière

Le drame de la rue d'Aubagne nous a fait prendre conscience de notre communauté de destin, des problématiques similaires entre le centre-ville et les quartiers Nord. Un urbanisme fou. Un abandon de quartiers entiers. L'État a aussi sa part de responsabilité.

Pour accélérer la réhabilitation marseillaise, l'Etat justement promet 240 millions d'euros supplémentaires. Une enveloppe déjà jugée insuffisante par certains élus, mais tout de même 7 fois plus importante, note la préfète à l'Egalité des chances des Bouches-du-Rhône, que l'investissement de la ville de Marseille sur l'habitat indigne, en près de 15 ans.

Depuis les effondrements de la rue d'Aubagne des centaines d'expertises ont été lancées pour évaluer la solidité du bâti dans plusieurs arrondissements de Marseille.
Depuis les effondrements de la rue d'Aubagne des centaines d'expertises ont été lancées pour évaluer la solidité du bâti dans plusieurs arrondissements de Marseille. © Radio France / Claire Chaudière

 

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