Plus de trois mois après la visite mouvementée de Nicolas Sarkozy dans ce port breton, le prix du gazole plombe toujours leurs recettes, les mesures tardent à s'appliquer. Le ministre de l'agriculture et de la pêche, Michel Barnier, a pourtant promis une enveloppe de 310 millions d'euros. Au Guilvinec, dans le Finistère, la journée commence sous les halles, 6 heures du matin, avec la criée. Alors on oublie tout de suite le crieur à l'ancienne. C'est un tableau électronique qui affiche le numéro du bateau, le lot, le prix. Et les acheteurs (grossistes et mareyeurs) n'ont plus qu'à appuyer sur un boîtier pour remporter l'enchère. De la lotte, du bar, de la raie, du turbo... il y en a plein les caisses. Plus de 18 000 tonnes de poissons par an. Le Guilvinec, c'est le 3ème port de pêche en France. Pendant que leur marchandise se vend aux enchères, les marins boivent un dernier café sur le pont. Le Bara An Aod, en français "Le pain de la côte", rentre de 14 jours de mer au sud de l'Irlande. Les pêcheurs hauturiers comme on les appelle, ont 2 jours à terre avant de repartir à nouveau pour 2 semaines. Un chalutier tout équipé de 24 mètres de long (interview). Petit coin cuisine, 5 couchettes en quinquonce au fond du bateau. Casquette de jeune sur la tête, sourire en coin, le capitaine du chalutier est Pascal, marin depuis plus de 20 ans (interview). Les pêcheurs sont rémunérés en fonction de ce qu'ils ramènent. Après avoir déduit les taxes, les dépenses en carburant, ils touchent leur "part" comme ils disent. Même si Patrice se dit plutôt privilégié (encore ce matin-là, il ramène 18 tonnes de poissons, de quoi s'en sortir), ça devient stressant (interview). Et il n'y a pas que le prix du gazole qui pèse lourd, il y a aussi le marché : devenu ultra compétitif, l'Espagne en tête, l'Italie, la Norvège. Dans les coulisses de la criée, une grosse société de mareyeurs qui ont acheté sous criée et tentent de revendre essentiellement à la grande distribution et dans toute l'Europe (interview). Conséquence de cette concurrence : des cours fluctuants, des prix instables et des pêcheurs soumis aux aléas de l'offre et de la demande. Même chose pour les pêcheurs côtiers : ceux qui partent tôt le matin et reviennent en fin de journée. 17 heures sur le port de Lesconil, à quelques kilomètres du Guilvinec. Les retraités, visage buriné, font les 100 pas sur le quai, réglés comme du papier à musique. Les anciens marins attendent le retour des pêcheurs pour leur donner un coup de main, amarrer, décharger. Et ça parle en breton. Yannick et son équipage ramènent 120 kilos de langoustine : bonne pêche, mais c'est pas tous les jours comme ça (interview). Des marins pêcheurs nostalgiques du temps où il n'y avait pas de contraintes, le temps où il y avait de l'argent plein les poches. Aujourd'hui : la flotte est vieille, les bateaux sont amenés à la casse, sans être remplacés. La relève pose problème et l'avenir de la profession avec. Pour Philippe Le Moigne, président du comité de crise du Guilvinec, l'argent débloqué par le gouvernement est une chance à saisir (interview). Marin-pêcheur est un métier en pleine mutation. Un reportage d'Hélène Roussel.

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