Réparer les corps et les esprits : dans la région de Mossoul, en Irak, des milliers d'enfants sont réfugiés dans des camps. L'Unicef travaille à renforcer leur protection.

Dans les camps de réfugiés autour de Mossoul, des milliers d'enfants ont fui l'Etat Islamique avec leur famille
Dans les camps de réfugiés autour de Mossoul, des milliers d'enfants ont fui l'Etat Islamique avec leur famille © Radio France / Mathilde Dehimi

Ce mardi, François Hollande préside à Paris une grande conférence internationale à l'initiative de la France et de l'Unicef pour renforcer la protection des 250 millions d'enfants qui vivent dans des zones de conflits. A Mossoul, en Irak, où l'armée a lancé l'offensive pour reprendre l'ouest de la ville aux mains du groupe État islamique, des dizaines de milliers d'enfants sont réfugiés dans des camps.

Les plus jeunes ont payé cher ces deux dernières années d'occupation par le groupe terroriste. Dans l'un des camps, Israali a fui avec mari et enfants, sept petits et ados cloîtrés, se cachant à l'arrivée de la moindre voiture. "Quand la situation a empiré, deux de mes enfants ont commencé à faire pipi sur eux, la nuit ils ne pouvaient même plus dormir à cause de la peur et parce qu’ils restaient toujours enfermés", raconte-t-elle, avant d'ajouter : "Moi, je veillais sur eux."

La famille a été menacée pour ne pas suivre suffisamment les préceptes djihadistes. A leur départ, la maison a été détruite, sur dénonciation de leur voisin : "On craignait que des membres de Daesh viennent à la maison et leur posent des questions, les interrogent", raconte-t-elle. "Même pour le téléphone, j’entraînais les enfants dans un coin, les occupaient pendant que mon mari passait des coups de fil… On avait peur que ceux de Daesh sachent ce qu’on pense d’eux et nous punissent pour ça", poursuit Israali.

Israali et sa famille, réfugiés dans un camp
Israali et sa famille, réfugiés dans un camp / Unicef / Maud Saheb

A écouter aussi : le reportage de Mathilde Dehimi avec les jeunes du camp de réfugiés de Debaga

1 min

Reportage avec de jeunes réfugiés dans le camp de Debaga, près de Mossoul

Par Mathilde Dehimi

Traumatismes physiques et psychologiques

Dans le calme retrouvé du camp de Khazer, Sarah raconte quant à elle ce jour où avec sa fille, elle est allée chercher de l'eau à la citerne. Elles ont eu un accident de voiture. "On s’est vite rendues dans trois hôpitaux différents, mais à chaque fois, ils ont refusé de nous laisser rentrer et d’opérer son pied. Je me suis mise à pleurer, ma fille souffrait", raconte-t-elle. Elle se souvient de la réponse des hommes du groupe terroriste : "On se bat pour toi et toi tu pleures pour ta fille ? Dégage de là." Aujourd'hui la fillette de cinq ans a le pied mutilé.

Ces traumatismes physiques et psychologiques doivent être traités au plus vite, dès que les enfants arrivent dans le camp. Mais le premier retour au quotidien est parfois difficile : il faut convaincre les parents d'envoyer leurs petits très vite à l'école. Il y a un gros travail pédagogique à faire. "Souvent, ils ne souviennent même plus de l'alphabet ou des nombres", explique Khadija, membre d'une ONG norvégienne, qui gère l'une des écoles Unicef du camp.

A l'école, il faut reprendre les bases

"Quand ils arrivent, on doit d'abord leur rafraîchir la mémoire, leur rappeler l'alphabet, les mots de base, puis on peut avancer", ajoute-t-elle. Car une partie de ces enfants ont été scolarisés ces deux dernières années dans les écoles du groupe État islamique. Ici, les enfants suivent des cours accélérés d'anglais, d'histoire, de sciences... Impensable il y a encore quelques semaines pour Saif, 12 ans, qui raconte un programme de maths très martial :

Daesh est arrivé et ils nous ont appris : 1 balle + 1 balle = 2 balles. On avait un livre avec plein d'images d'armes différentes. Ils nous ont appris à les utiliser.

En sortant de l'école, Saif a vu des passants pendus devant lui. Il n'est plus jamais retourné en cours. C'est aussi le cas de Zara, 16 ans, qui raconte : "On ne pouvait même plus écrire le mot Irak. C’était État islamique. J’ai très mal vécu ces deux dernières années… on était séparé du reste de l’Irak, de ceux qui pouvait continuer de vivre normalement. C’était un vrai cauchemar pour moi, pour nous tous. J’ai eu des problèmes psychologiques, je refusais même de parler à ma famille, j’ai commencé à détester tout, ma vie, moi, ma famille, mes amis… je m’étais enfermée dans le silence."

"Briser le cercle de la vengeance"

Zara essaie aujourd'hui de rattraper le temps perdu. L'Unicef, de son côté, a rouvert à l'intérieur même de Mossoul-Est libérée pas moins de 70 écoles. "Pour l'Unicef il est extrêmement important de rouvrir des écoles et de rétablir les services de base dans toutes les zones reprises à Daesh, de façon à briser le cercle de la vengeance dans cette région", explique Sharon Behn Nogueira, porte-parole de l'agence internationale en Irak.

Reste un sujet plus délicat dont s'occupe aussi l'Unicef : travailler sur place à la déradicalisation des jeunes qui ont volontairement ou non été enrôlés par le groupe État islamique. Il faut préparer la réconciliation, et cela sera long. Très long.

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.