12 suicides dans les cellules françaises depuis le début de l’année, selon l’administration pénitentiaire. 14, affirme l'Observatoire International des Prisons. 12, c’est déjà deux fois plus que pour l’ensemble du mois de janvier 2008. La situation est alarmante, à tel point que jeudi dernier (alors que selon l’Observatoire International des Prisons, on en était quasiment à un décès par jour), l’Administration Pénitentiaire - d’habitude si discrète - se devait d'en dire plus à la presse. Claude d’Harcourt, le directeur de la Pénitentiaire, n’était pas encore confronté à un nouveau suicide, samedi soir, à la prison de Longuenesse dans le Pas-de-Calais (interview). Complexe sujet déjà que le suicide dans la société, alors derrière les barreaux… Un détenu qui commet LE geste tous les 3 jours en 2008. 115 sur l'ensemble de l'année passée. C'est derrière les barreaux français que l'on se suicide le plus en Europe. L’incarcération tuerait-t-elle ? Michel a passé 3 ans et demi à la Santé (interview). Elle est importante cette dernière phrase, Michel n’était pas isolé et il assure ne pas souffrir de troubles psychiques. Car sur les détenus qui se sont suicidés depuis le début de l’année, Claude d'Harcourt précise que 6 faisaient l’objet d’une surveillance toute particulière, pour tendances suicidaires. La moitié également était condamnée pour des infractions à caractère sexuel - des personnes pour lesquelles le risque de dépression serait plus fort. Des éléments importants pour comprendre ces suicides, des pistes, des constats en tout cas selon la Pénitentiaire et qu'il faut mettre dans un contexte général : environ 1/4 des quelques 60 000 prisonniers français souffrent de troubles psychiques graves. Que font-ils, alors, en prison ? Question posée au Dr Louis Albrand, à la tête d'une commission sur le sujet et qui rendra son rapport le 31 janvier (interview). Cyrille Canetti est psychiatre à la prison de Fleury Mérogis. En deux mots, même s'il est délicat de résumer un sujet si sensible, il estime que la prison peut amener au suicide, en désocialisant, en humiliant. Que des détenus qui ne sont pas malades peuvent, d'un acte impulsif, mettre fin à leurs jours. Christiane de Beaurepaire, elle, était jusqu'à peu, chef du secteur "psychiatrie" de la prison de Fresnes. Elle n'hésite pas à dénoncer son ministère de tutelle (interview). Le ministère de la santé préfère, avant de se prononcer, attendre les remises de plusieurs rapports : le rapport Albrand, le rapport Couty sur la psychiatrie, enfin le rapport Lebreton sur le suicide et notamment le suicide en prison, remis d'ici quelques semaines. Un reportage de Thibault Cavaillès. ____ LIVRE : Christiane de Beaurepaire, « Non lieu, un psychiatre en prison » (Fayard).

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