Jawad Al Muna et la dernière une.
Jawad Al Muna et la dernière une. © Radio France / Géraldine Hallot

Des opposants syriens, exilés en Turquie, sont devenus ce qu'on appelle des "journalistes citoyens". Chaque semaine, ils publient de Turquie et distribuent en Syrie un journal d'information en prenant des risques énormes. Le reportage à Istanbul de Géraldine Hallot de la rédaction de France Inter.

Ce journal s'appelle "Souriatna", "Notre Syrie" en français. Avec son équipe, Jawad Al Muna est arrivé à Istanbul au mois de décembre. La ville constitue une nouvelle étape de leur exil après plusieurs mois passés à Gaziantep, dans le sud de la Turquie. Gaziantep et ses environs étaient devenus trop dangereux pour eux, trois opposants syriens y ont été assassinés depuis octobre, dont deux meurtres par décapitation revendiqués par l'organisation Etat Islamique.

Menacés par le régime syrien d'un côté et par l'organisation Etat Islamique de l'autre, Jawad et sa petite équipe ont donc délocalisé leur journal à Istanbul. C'est de là que ces journalistes non professionnels rédigent, publient puis acheminent l'hebdomadaire jusqu'en Syrie avec la complicité d'un groupe de rebelles.

Les informations nous viennent de nos journalistes en Syrie, On a seize correspondants et une quarantaines de pigistes un peu partout dans le pays, y compris dans les zones encore tenues par le régime. J'ai peur tous les jours [pour ces collaborateurs], j'ai peur cent fois par jour. Tous nos journalistes utilisent des pseudonymes, ils ne communiquent qu'avec une seule personne à la rédaction et toujours avec des programmes cryptés.

Mais même avec toutes ces précautions, les journalistes de "Souriatna" qui sont restés en Syrie sont dans le viseur du régime syrien. Informer sur ce qui se passe en Syrie a un prix très lourd : le propre frère de Jawad et l'un de ses journalistes sont morts, un troisième a été emprisonné pendant six mois près de Damas. Sa libération relève du miracle :

Pendant un interrogatoire j'ai fini par avouer des choses que je n'avais pas faites car j'ai été torturé. On m'a frappé, on m'a humilié, on m'a laissé pendant des jours sans eau ni nourriture avec de nombreux autres prisonniers. On nous pendait par les pieds, on nous laissait comme ça pendant des heures, la tête en bas.

Pourtant malgré les risques qu'ils courent, pas question pour ces opposants syriens d'abandonner leur combat comme l'explique Ayman, le co-fondateur de Souriatna:

On reste debout, on ne plie pas. En Syrie on a travaillé dans les pires conditions. Jawad a été coincé pendant des mois dans le camp de Yarmouk. Moi j'ai traversé Damas avec une clé USB contenant des informations sensibles. Là-bas on n'a jamais arrêté le combat, donc ici on n'arrêtera pas non plus.

Lundi prochain devaient s'ouvrir à Genève des négociations de paix entre le régime syrien et l'opposition, mais ces pourparlers sont pour l'instant gelés. Aucune des deux parties n'est d'accord sur la composition des délagations. C'est peut-être donc un énième rendez-vous manqué.

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