Depuis le 22 décembre dernier, 800 000 employés fédéraux américains sont placés au chômage technique ou réquisitionnés sans être payés. Et toujours pas de solution politique pour mettre un terme au shutdown.

Depuis bientôt un mois, les employés fédéraux sont réquisitionnés sans salaire ou sont sans travail et les moyens commencent à manquer.
Depuis bientôt un mois, les employés fédéraux sont réquisitionnés sans salaire ou sont sans travail et les moyens commencent à manquer. © AFP / JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

Le budget fédéral n’est pas voté. Trump veut son mur à 5,7 milliards de dollars à la frontière mexicaine, les démocrates refusent de le financer. Et en attendant, ce sont donc ces employés fédéraux qui trinquent. Avec des conséquences très réelles pour les fonctionnaires.

Sur le Mall, la grande esplanade au cœur de Washington, qui relie le Capitol au monument de Lincoln, les policiers à cheval continuent de patrouiller. Mais depuis quasiment un mois, ils le font sans toucher le moindre salaire. "Nous sommes considérés comme des employés indispensables parce qu’on assure la sécurité dans cette ville. Donc avec ce shutdown, on travaille mais sans être payés" explique l'un des policiers : 

Moi, je vais pouvoir tenir deux ou trois mois, maximum, mais est que ça va suffire ? C’est très stressant

Stressant pour les fonctionnaires qui doivent anticiper une absence de rémunération, mais aussi parce que le shutdown influence grandement leurs conditions de travail. "Au moment où je vous parle, les chevaux ont encore de la nourriture parce qu’on a passé commande juste avant le shutdown. Mais tout comme on ne sait pas quand on va toucher notre salaire, et bien on se demande combien de temps ça va durer et si on va être capables de nourrir nos chevaux. Ça aussi c’est incertain."

"Cela démontre qu'on peut se passer d'une bonne partie des administrations"

Toujours sur cette esplanade, les musées nationaux sont fermés. Le cœur de la capitale fédérale vit au ralenti. Mais ces deux touristes, Shirley et Vincent, venus de Caroline du nord continuent de soutenir le président : "On ne veut pas que des étrangers entrent dans notre pays sans que l'on sache qui ils sont" justifie Shirley, à 100 % favorable à la construction d'un mur à la frontière avec le Mexique. "On ne veut pas de trafic de drogue, insiste Vincent. Si vous n’avez pas de frontière, alors votre pays n’existe plus".

Et d’ailleurs l’analyste politique John Gizzi, qui travaille pour le site internet Newsmax (républicain et conservateur) continue de penser que dans cette crise, Donald Trump a une carte à jouer : "C’est un président qui en quelque sorte a un sixième sens, presque animal"

Je peux vous dire que les libertariens dans notre pays, sont ravis de cette situation. Parce que ça selon eux cela démontre qu’on peut se passer d’une bonne partie des administrations. Je pense que Trump sent ça. Donc je crois que c’est lui qui a la main

Cantine gratuite et cours de tricot pour les fonctionnaires

En plein shutdown, on voit aussi dans la capitale, ou dans le district de Columbia, fleurir les marques de soutien aux fonctionnaires. Ici sur Pennsylvania Avenue, le chef Jose Andres a ouvert une cantine gratuite pour les fonctionnaires fédéraux. Normalement, son association opère sur les terrains de catastrophe. "World Central Kitchen est toujours là pour faire en sorte que les Américains et les gens sur la planète aient de quoi se nourrir chaque jour" rappelle le cuisinier. "Et aujourd’hui, on fait face à une situation de désastre, d’urgence, aux États-Unis."

Et ici à Alexandria en Virginie, une petite mercerie de quartier offre des cours de tricot gratuits aux fonctionnaires désœuvrés, afin de les occuper. Deirdre, employée du ministère de l’agriculture, vient s’y détendre plusieurs après-midi par semaine : 

Il n’y a aucun respect pour notre travail, si ces gens là pensent qu’on peut rester fermés pendant des mois ou des années

La fonctionnaire ressent un mélange de déception, de frustration et d'inquiétude face à l'avenir. "Ce mois-ci, je peux m’en sortir. Mais si on n’a pas notre prochain salaire, alors là je vais vraiment avoir des problèmes."

Solidaire avec les fonctionnaires, très nombreux à résider en Virginie, la patronne de la boutique, Danielle Romaneti, se rappelle un précédent : le shutdown de 2013. "Dans la région de Washington, ça a eu un impact énorme, sur les entreprises locales, parce que tous nos clients (ou presque) sont des employés fédéraux ou des contractuels du gouvernement."

Dans Washington enfin, on croise parfois des employés fédéraux qui font "taxi" pour gagner un peu d’argent, ou bien cette employée de l’agence de protection de l’environnement qui fait du dog-sitting. Elle pensait faire ça "comme un job d'appoint" mais a besoin d'argent. "Là j'ai beaucoup de temps en semaine, dit-elle, et si ça dure, je vais devoir faire cela encore un peu."

La vie de ces fonctionnaires est comme mise entre parenthèse depuis bientôt un mois. Toujours pas de solution politique à vue. Et à la Maison-Blanche, où des employés ont également été placés au chômage technique, le standard ne répond plus depuis le 22 décembre.

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  • Grégory PhilippsGrand reporter, envoyé spécial permanent de Radio France à Washington
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