La seconde vague de Covid-19 touche des pays qui jusque-là étaient plus ou moins passé "au travers" de l'épidémie. C'est particulièrement vrai pour certains pays d'Europe Orientale, comme la République Tchèque, ou des pays de la région des Balkans, notamment en Slovénie.

 Janez Jansa , premier ministre slovène
Janez Jansa , premier ministre slovène © AFP / Jure Makovec

Ce petit pays (deux millions d'habitants) coincé entre Autriche, Italie et Croatie, est aujourd'hui, derrière la Belgique, le pays le plus touché par l'épidémie au regard du nombre de décès par habitant. La situation est telle que la crise est ouvertement devenue politique en Slovénie, gouvernement et opposition se renvoyant la balle et s'accusant mutuellement d'être responsable de cette seconde vague particulièrement mortifère. 

Avec des morts par milliers cet automne, la Slovénie enregistre une mortalité que le pays n'avait plus connu depuis la Seconde Guerre mondiale. Les Slovènes ont très mal vécu ce rebond de l'épidémique et nombreux sont ceux qui en rendent responsable le gouvernement, comme Marko, un universitaire : "Ma mère est morte il y a deux semaines. Elle est tombée chez elle et s'est cassé la hanche ; on l'a opéré à l'hôpital, elle y a attrapé la Covid et une semaine après elle était morte !  Des gens meurent du fait de l'incompétence de ce gouvernement ! Cela ne se serait jamais produit si les hôpitaux étaient mieux gérés."

Janez Pokcukar, directeur général de l'UCK, l'hôpital universitaire de Ljubjana
Janez Pokcukar, directeur général de l'UCK, l'hôpital universitaire de Ljubjana © Radio France / Biegala/ Gallinaro

À l'hôpital Universitaire de Ljubljana, le plus grand du pays, le directeur général Janez Pokcukar passe en revue les nouveaux espaces dédiés aux malades. Ici les zones dédiées aux patients lourdement atteints, là celles pour ceux dont les symptômes sont moins sérieux,  ils sont 316 ce matin-là à être hospitalisés dont 52 en soins intensifs. Dès qu'un malade de la Covid doit être transporté, une alarme prévient de son passage dans les couloirs, que tout le monde s'écarte.

"Cela n'a pas été facile fin octobre / début novembre, c'était vraiment dur : d'un jour à l'autre il fallait trouver 20 à 30 lits supplémentaires. Et ce, tous les jours ! Tout le personnel a travaillé 24 h sur 24, l'équipe est crevée"

Des lits supplémentaires ont été installés à l'hôpital de Ljubjana pour faire face à une arrivée massive de malades
Des lits supplémentaires ont été installés à l'hôpital de Ljubjana pour faire face à une arrivée massive de malades © Radio France / Biegala/ Gallinaro

L'inflation dramatique des contaminations des dernières semaines a d'autant plus surpris en Slovénie que le pays avait très bien géré la "première vague" épidémique.

Tout nouveau secrétaire d'Etat en charge de la vaccination, Jelko Kacin a été le porte-parole du gouvernement sur l'épidémie depuis mars. Comme beaucoup, il explique l'explosion des contaminations à l'automne par une certaine désinvolture, notamment chez les jeunes : "À partir du premier octobre, quand l'année universitaire a commencé, ça a été une explosion immédiate. La jeune génération s'est figurée que la Covid ce serait comme une grippe, et puis on a commencé à retrouver le virus dans les maisons de retraite et la situation a empiré de jour en jour".

La désinvolture de certains, le refus d'appliquer les gestes barrière ou de porter le masque, seraient les principaux responsables de l'explosion épidémique selon le Dr Bojana Beovic, la patronne du Bureau des experts pour l'épidémie et ce dès l'annonce de mesures restrictives comme la fermeture des écoles, des restaurants ou l'obligation de porter le masque : "À ce moment là on a eu une situation étrange, avec beaucoup de ces 'influenceurs' qui étaient contre toutes ces mesures,  ils étaient soutenus par l'opposition politique. Il y a eu de vraies campagnes, avec de l'affichage public, contre les masques !"

Professeur Bojana Beovic, cheffe du bureau des experts slovènes en charge de l'épidémie
Professeur Bojana Beovic, cheffe du bureau des experts slovènes en charge de l'épidémie © Radio France / Biegala/Gallinaro

Des arguments balayés d'un revers de main par les milieux d'opposition qui font valoir que le gouvernement n'a même pas essayé de garantir les salaires des personnes arrêtés parce que contaminés. Primoz Cirman est responsable des investigations pour le site d'information Necenzurirano.si : "En Slovénie, quand vous êtes en arrêt de travail votre salaire est amputé de 40%. Alors quoi ? ça n'encourage personne à se déclarer malade ! Les gens contaminés sont donc allé travailler. Il y a même eu ces cas tragiques d'infirmières en maison de retraite, qui ont contracté la Covid ; leur salaire est d'environ 800€  et en arrêt de travail elles n'auraient plus touché que 550 €. Elles sont donc allées travailler, sans dire à personne qu'elles étaient malades : un vrai scénario catastrophe !"

La seconde vague épidémique a touché en priorité les pensionnaires des maisons de retraite : 3% des plus de 85 ans sont morts de la Covid cette année dans le pays. Difficile dans ces conditions de créditer le gouvernement de Janez Jansa pour sa gestion de l'épidémie. C'était censé être une success-story politique ; ça a été un échec !

Pour dénoncer la gestion de la crise sanitaire l'opposition politique au gouvernement de Janez Jansa a d'ailleurs déposé une motion de censure au Parlement, avant de la retirer in extremis avant-hier ; il n'y avait pas assez de monde pour la voter : trop de députés ont été contaminés par la Covid-19.

Reportage : Gilles Gallinaro et Eric Biegala.

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