Elles sont jeunes, parfois juste majeures, et partout dans le monde elles bousculent le jeu. C’est la "génération Greta". Aujourd'hui, portrait de Naomi Seibt, souvent présentée comme "l’anti-Greta Thunberg". Cette Allemande fêtera ses 20 ans en août et c'est sur Youtube qu'elle exprime son climatoscepticisme.

Naomi Seibt enregistre ses vidéos depuis sa chambre
Naomi Seibt enregistre ses vidéos depuis sa chambre © Radio France / Ludovic Piedtenu

C'est sans bouger de chez elle, installée chez sa mère à Münster, dans l’ouest de l’Allemagne, que Naomi Seibt a trouvé un public. Publier des vidéos sur Youtube est sa seule activité.

Elle y raconte ce qui lui passe par la tête et commente l'actualité. Tout se passe au premier étage de cette jolie maison, dans sa chambre d’adolescente, 10 mètres carrés tout au plus. Dans un coin, un bureau sur lequel est posée une pile de livres et où trône un petit micro. Et c’est là qu’elle se tient debout face à la caméra de son téléphone portable. 

En lançant sa chaîne l’an passé, le 24 mai 2019, Naomi Seibt réalise, comme elle dit, "son petit rêve secret" : pouvoir exprimer librement ce qu’elle pense, faire comme ses aînés, qu’elle regarde aussi sur Youtube depuis l’âge de 14 ou 15 ans et qui ont façonné sa vision du monde et sa culture politique : le libertarianisme. 

Ils étaient des stars, des célébrités pour moi. Je n’étais pas intéressée par les acteurs de cinéma à Hollywood. Mes idoles à moi, c’étaient les Libertariens sur internet. Le plus grand, Stefan Molyneux (banni début juillet 2020 de Youtube et Twitter). Aussi des gens comme Ben Shapiro, Alex Epstein, Paul Joseph Watson, Lauren Southern…"

Ce sont des suprématistes blancs, des promoteurs des théories du complot, des figures du mouvement américain Alt Right, la droite alternative qui a émergé en 2016 pendant la campagne de Donald Trump. Le Président américain que Naomi Seibt défend régulièrement dans ses vidéos ou sur son compte Twitter. En Allemagne, c’est le parti d’extrême droite, AfD qui a les faveurs et le vote de cette jeune allemande. 

Naomi Seibt dénonce une "propagande sur les dangers du changement climatique ou les dangers du coronavirus"
Naomi Seibt dénonce une "propagande sur les dangers du changement climatique ou les dangers du coronavirus" © Radio France / Ludovic Piedtenu

Je ne me considère pas comme 'techniquement' de droite. Je m’oppose à cette façon de penser : c’est noir ou c’est blanc, on est de droite ou de gauche, tout ça c’est ridicule ! Je suis juste en faveur de plus de liberté. Il faut moins de protection sociale, moins d’impôts, moins d’État. Les gens vous disent souvent "mais on vit en démocratie" et ça c’est vraiment une façon simpliste de voir les choses. Pour moi, l’État aujourd’hui est bien plus totalitaire qu’il ne l’a jamais été. Et ça, les gens ne s’en rendent pas compte."

Avec ses vidéos, Naomi Seibt a donc la prétention de vous ouvrir les yeux, pleine de certitudes, du haut de ses 20 ans. Le changement climatique ? Foutaises ! L’épidémie de coronavirus ? Utilisée par les gouvernements pour vous faire peur ! D’où ce slogan qu’elle a créé et qui ponctue tous ses enregistrements : "Je ne veux pas que vous paniquiez ! Je veux que vous pensiez !" Une référence très claire à cette déclaration de Greta Thunberg : "Je ne veux pas de votre espoir, je veux que vous paniquiez !"

Greta Thunberg est une "alarmiste du climat", dit Naomi Seibt, alors qu’elle se décrit comme une "climato-réaliste", qu’elle préfère au qualificatif de "climatosceptique".

Beaucoup de gens me demandent : "Êtes-vous l’anti-Greta ? Voulez-vous débattre avec elle ?" Je ne veux pas débattre avec elle parce que je ne veux pas la détruire. Tout le monde la regarde comme un prophète du changement climatique. Et c’est pour ça que je ne veux pas être l’anti-Greta, parce que je ne veux pas être dépeinte comme l’Antéchrist". 

C'est un peu tard pour y penser. Elle a accepté en début d’année de travailler pour un think tank américain proche de l’administration Trump. Le Heartland Institute avait flairé le coup médiatique. Il a vu en cette jeune fille blonde la parfaite icône pour contrer la popularité de Greta Thunberg. Elle a cessé ce contrat au bout de trois mois. Pour, dit-elle, "reprendre sa liberté". Mais elle y a gagné ce qu’elle cherchait : de quoi satisfaire son narcissisme, de la notoriété et plusieurs milliers d’abonnés supplémentaires sur sa chaîne Youtube.

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