Le 47ème salon international de l'aéronautique et de l'espace est ouvert jusqu'à dimanche au Bourget près de Paris. L'occasion de nous intéresser à la politique spatiale européenne dans le domaine militaire. Maîtriser l'espace est devenu un enjeu important pour les Etats-Majors. Cela se passe à environ un millier de kilomètres au-dessus de nos têtes. Là où tournent 400 satellites. Hormis les puissances spatiales historiques comme les Etats-Unis ou la Russie, plus de trente pays ont engagé aujourd'hui des efforts importants pour se doter de moyens spatiaux militaires, dont la Chine, le Brésil mais aussi l'Algérie, l'Egypte ou la Thaïlande. Logique, si l'on écoute le général Hugues Hendel, commandant en second de la défense et des opérations aériennes (interview). Que fait la France dans ce domaine ? La France dépense à elle seule près de 500 millions d'euros soit plus de la moitié de l'effort budgétaire européen dans le domaine spatial. Elle possède plusieurs types de satellites et notamment Hélios, satellite optique et infrarouge qui peut prendre des images de jour comme de nuit, des photos très précises. Mais s'il y a des nuages, Hélios est myope. C'est là que la collaboration européenne est intéressante, car les Allemands et les Italiens ont pour leur part des satellites radars. Les deux se complètent explique Nicolas Huet, directeur du programme Hélios à la délégation pour l'armement (interview). De même avec les Allemands. Ces collaborations bi-latérales c'est bien, mais il n’y a pas de politique au niveau européen dans le domaine militaire. C'est le constat que dresse dans l'un de ses rapports, Isabelle Sourbès-Verger du CNRS, interrogée par Sophie Bécherel (interview). Du coup, ce sont les chercheurs qui proposent des solutions. Grâce aux cerveaux de la délégation générale pour l'armement, la France est par exemple la seule en Europe à posséder un outil capable de savoir depuis le sol quel satellite nous espionne ou nous écoute et surtout à quel moment. Précieux, notamment quand on sort un sous-marin nucléaire de la rade de Brest. C'est le système Graves (grand réseau adapté à la veille spatiale) et ses antennes perdues dans la campagne bourguignonne. Un outil stratégique qui a pourtant coûté la moitié du prix d'un Rafale, soit environ 30 millions d'euros. C'est la fierté du lieutenant-colonel Yves Schrotten-Loher, chef de la division surveillance spatiale (interview). Les 3 quarts de ces 2000 objets sont des débris. Mais ce que le Lieutenant colonel appelle pudiquement les « anomalies orbitales », se sont 20 à 30 objets non identifiés repérés par Graves, dont une bonne part serait des satellites espions, voire des satellites capables de détruire d'autres satellites. La plupart seraient américains. Paris a donc proposé à Washington de ne pas divulguer la position de ces engins en échange du retrait des positions des satellites français jusque là diffusés sur internet. Comme quoi, les investissements spatiaux peuvent aussi influer les relations internationales. Un dossier de Stéphane Fort.

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