Entre la pression immobilière et les nouvelles habitudes de travail, les salariés sont de plus en plus nomades. Plus de 14% des salariés seraient passés en "flex office" selon l'enquête 2019 d'Actinéo, l'Observatoire de la qualité de vie a bureau qui sera rendue publique le 2 avril. Mais est-ce pour autant un progrès ?

Réunion de travail au Technopôle de Bouygues Telecom
Réunion de travail au Technopôle de Bouygues Telecom © Augusto Da Silva/Graphix-images

Chaque matin, quand Bruno Champeau arrive au bureau, c'est le même rituel. "Je récupère mes affaires dans le placard qui m'a été attribué et je pars à la recherche d'un poste informatique ou d'un espace disponible pour connecter mon PC, un téléphone, un clavier ; tout le nécessaire pour pouvoir travailler." Cet ingénieur travaille chez Bouygues Telecom, au Technopôle de Meudon près de Paris, comme 3 200 autres salariés. Ici, le taux de "flex office" est de 15% . Cela signifie pour qu'il n'y a que 100 bureaux pour 115 salariés.

En moyenne un poste de travail est occupé la moitié du temps

C'est comme cela que se justifient les entreprises. Et face à des prix immobiliers qui s'envolent, ces bureaux nomades peuvent être une solution pour économiser de l'espace. Le "flex office" reste d'ailleurs un phénomène très francilien. "On gagne en performance mais pas en mètres carrés, rétorque pourtant Richard Drouin, directeur de l'environnement de travail chez Bouygues Telecom. L'espace libéré par les bureaux que nous supprimons sert à créer des lieux de convivialité ou de confidentialité."

Les bureaux ne sont pas attitrés. Chaque salarié dispose d'un casier pour ranger ses affaires personnelles, chaque soir en partant
Les bureaux ne sont pas attitrés. Chaque salarié dispose d'un casier pour ranger ses affaires personnelles, chaque soir en partant / Bouygues Telecom

Ce qui est sûr, c'est qu'aucun retour en arrière n'est envisagé. De plus en plus d'entreprises s'y mettent comme BNP Paribas, L’Oréal, Sanofi, SFR, Engie, PSA, Danone...   L'une des pionnières reste l'entreprise de conseil Accenture, dont les bureaux sont installés dans le sud-est de Paris, près de la bibliothèque François Mitterrand. Ici, le "flex office" est une réalité depuis plus de 20 ans, mais c'est étroitement lié à l'activité de la société. Les salariés, consultants, ne font que passer dans les bureaux entre deux missions de conseil chez leurs clients. 

Les espaces de travail ont donc été revus. De grandes tables de travail installées pour six personnes. " En réalité, les jours de fortes affluences, comme les lundis et vendredis, il y a souvent 8 à 10 personnes attablées. Faute de place parfois, certains finissent même par rentrer chez eux", regrette Jérôme Chemin, délégué CFDT.  Le développement du flex office s'est ainsi accompagné d'une augmentation du télé-travail. Il concerne plus de 50% des salariés des fonctions supports chez Accenture. 

L'entreprise est revenue sur ce qui ne marchait pas : "le flex office sur deux ou trois étages, où personne ne se trouvait, se rappelle Jérôme Chemin. 

Aujourd'hui, nous sommes revenus à une organisation par quartiers, par îlots. C'est moins stressant. Les salariés s'en accommodent beaucoup mieux."

Finalement le salarié se fait nomade, à l'intérieur et à l'extérieur de l'entreprise. Lui aussi utilise les espaces de co-working, réservé parfois par ses supérieurs pour rencontrer des clients, travailler plus près de chez lui. C'est une tendance lourde selon Actinéo, l'Observatoire de la qualité de vie au bureau. Selon sa toute dernière enquête, qui sera publiée le 2 avril mais que nous avons pu consulter, 30% des actifs travaillant dans un bureau, disent être des travailleurs nomades réguliers. 

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