Contrôle de police
Contrôle de police © MaxPPP / Franck Dubray

Dix ans après la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois, France Inter revient pendant une semaine sur la situation économique et sociale dans les banlieues. La mort de ces deux adolescents, le 27 octobre 2005, dans un transformateur EDF a entraîné trois semaines de tensions partout en France. La détérioration des relations entre jeunes et policiers éclate au grand jour. Dix ans après, ces rapports quotidiens jeunes/police sont toujours aussi difficiles.

Les jeunes de l’association de prévention ZonZon 93 à Villepinte font part de leur incompréhension à être très souvent contrôlés. Il n’y a pas d’échanges avec les policiers. Certains les soupçonnent même de contrôles au faciès. Que ces contrôles d’identité soient justifiés ou non, ils passent mal auprès de ces ados, ils se sentent traités différemment des autres. Cette défiance n'est pas nouvelle, une étude de 2013 du sociologue et directeur de recherche au CNRS Sébastian Roché montrait que un tiers des jeunes disaient ne pas faire confiance aux forces de l’ordre. Ils sont même deux tiers dans les quartiers sensibles.

Une police à cheval ?

Les jeunes de Villepinte eux ne contestent pas le besoin de police dans leur quartier, ils aimeraient même qu’elle passe plus souvent quand on l’appelle vraiment pour une urgence. Ils admettent parfois du bout des lèvres qu’il y aurait besoin de médiation. Certains s’inquiètent pour les nouvelles générations, les petits qui vont grandir dans un climat anti-police et proposent d’installer une police à cheval pour débuter un dialogue avec les plus jeunes.

Ni caméra ni matricule.

Ces jeunes rejettent en bloc, suspicieux, caméras sur les policiers et numéros de matricules apparents qui permettent de porter plainte plus facilement... Les numéros de matricule sont aussi condamnés par les policiers. Selon le secrétaire général adjoint du syndicat Unité SGP Police FO, cette solution n’a rien changé du tout. La défiance entre jeunes et policiers est toujours là et c’est même empiré selon lui. La conception de la police française est une police de maintien de l’ordre. Cette dominante s’est accentuée ces dernières années au détriment d’une police du quotidien qui règle les petits problèmes des habitants. Moquée et décriée, la police de proximité a disparu depuis bien longtemps des quartiers.

Manque de formation des policiers

De nombreux chercheurs pointent aujourd’hui l’absence de formation des policiers à la relation avec les habitants. Ce n’est pas la priorité et les politiques semblent se désintéresser de la question regrette le sociologue Sébastian Roché. Des mesures sont prises (refonte du code de déontologie policier, unité de prévention à Marseille, initiatives locales…) mais cela reste insuffisant. Tous les intervenants, et les jeunes, sont persuadés que de nouvelles émeutes sont aujourd’hui possibles même si la police a amélioré son dispositif d’intervention. Les causes ne sont pas suffisamment traitées.

Des relations jeune/police qui sont pourtant à l'origine de la mort de Zyed et Bouna... Pourquoi ont-ils fui en voyant arriver la police alors qu'ils n'avaient rien à se reprocher ? En dix ans, presque rien n'a changé.

Aller plus loin

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Les liens

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