Le 4 novembre 2008 s'ouvrait à Chicago une page unique de l'Histoire américaine. Le premier président afro-américain élu y célébrait sa victoire, suscitant un enthousiasme inédit. Mais entre résignation et espoirs déçus, ses anciens soutiens dans une ville tétanisée par le coronavirus ne voteront peut-être pas.

Au Valois, sur la 53e rue, l'ancien président Barack Obama a toujours sa table et, aux murs, des photos de lui. Une nostalgie qui n'est pas partagée partout à Chicago, son fief.
Au Valois, sur la 53e rue, l'ancien président Barack Obama a toujours sa table et, aux murs, des photos de lui. Une nostalgie qui n'est pas partagée partout à Chicago, son fief. © Radio France / Omar Ouahmane

C’est à Grant Park, en plein cœur de Chicago, que Barack Obama a fêté sa victoire le 4 novembre 2008. L’ancien président entrait dans l’Histoire devant une foule en délire, dans une ville viscéralement démocrate. Un participant, Patrick Savage, se souvient :

Cet endroit était bondé, c’était la folie, c’était plein à craquer. À ce moment là, j’ai pensé que l’Amérique allait s’unir, que nous soyons noirs ou blancs. C’était juste incroyable. C’était il y a douze ans, c’était il y a tellement longtemps.

Ce moment unique ouvrait une page qui allait durer huit ans. Deux mandats semés d’embûches mais qui ont suscité d’énormes espoirs et fierté au sein de la communauté afro-américaine.

C’était l’extase… Un rêve devenu réalité. Aujourd’hui nous sommes livrés à nous-mêmes. Le climat est totalement différent. On ne sait plus à qui faire confiance, on ne sait plus qui est vraiment là pour vous. On ne sait même plus si nos voisins veulent continuer à faire partie de ce groupe de personnes qui font les États-Unis.

Une ville tétanisée

Une soirée du 4 novembre 2008 également inoubliable pour Brooke, une infirmière de 41 ans, qui regrette cette période où tout semblait possible. Le parc désert, bordé par le lac Michigan, où elle fait son jogging, est à l'image dans de cette ville, comme endormie, tétanisée par la pandémie de coronavirus. Ici, même à l’heure de pointe, le métro est quasi vide. 

Pour trouver un peu de vie il faut se rendre  à un quart d’heure du centre ville, dans le quartier de Hyde Park. Comme partout ailleurs, les salles de concert étant fermées, les musiciens doivent se produire dans la rue pour gagner leur vie.

Hyde Park, c’est le Chicago de Barack Obama, son fief.  

Sa maison est étroitement surveillée, son restaurant préféré, le Valois, sur la 53e rue, est toujours ouvert. L’ancien président est partout dans ce restaurant : sa photo est exposée sur les murs aux côtés du patron, sa table préférée est bien en évidence. Ici, la clientèle est à son image : mélangée.

Au cœur de Hyde park, la maison des Obama, encore très surveillée.
Au cœur de Hyde park, la maison des Obama, encore très surveillée. © Radio France / Omar Ouahmane

Une population aujourd’hui en colère contre Donald Trump, car l’actuel locataire de la Maison-Blanche s’est attelé, ces quatre dernières années, à détricoter l’héritage de Barack Obama. Presque toute l’action politique, notamment à l’international, de l'ancien président a été rayée d’un coup de stylo par Donald Trump. C’est le cas de l’accord de Paris sur le climat, de l’accord sur le nucléaire iranien et du rapprochement historique avec Cuba.

Un jour, Obama et moi étions en train de marcher dans un parc et soudain nous avons entendu des coups de feu. Ils étaient très proches. On s’est jetés par terre. C’était la réalité, c’était réel. Je pense que l’esprit d’Obama est encore présent, cet esprit qui dit : Nous pouvons. Et la question c’est comment faire revenir le monde d’avant.

Obama a aussi déçu

Mais si on se dirige plus au sud, les quartiers sont rapidement moins métissés et, surtout, beaucoup plus pauvres. C’est dans ce South Side de Chicago, à Pullman ou Bronzeville, que Barack Obama a exercé il y a trente-cinq ans comme travailleur social avant de se lancer en politique. 

Johnny Owens, ami et ancien collègue de Barack Obama à l’époque où ils étaient travailleurs sociaux, voudrait "faire revenir le monde d’avant".
Johnny Owens, ami et ancien collègue de Barack Obama à l’époque où ils étaient travailleurs sociaux, voudrait "faire revenir le monde d’avant". © Radio France / Omar Ouahmane

C’était au milieu des années 1980, dans ces quartiers déshérités où le taux de chômage peut atteindre parfois près de 60 % !

Les deux mandats de Barack Obama y ont suscité d’énormes espoirs, finalement déçus. Ici, l’ancien président compte de nombreux admirateurs, mais aussi des détracteurs, qui lui reprochent de ne pas être allé plus loin dans les réformes et dans son combat pour plus d’égalité.

Marua Ferril, travailleur social à Bronzeville, supporter déçu d'Obama.
Marua Ferril, travailleur social à Bronzeville, supporter déçu d'Obama. © Radio France / Omar Ouahmane

En 2016, Hillary Clinton l’avait emporté à Chicago avec une très large avance face à Donald Trump, qui n’a cessé de stigmatiser cette ville en la comparant une zone de guerre comme  l’Afghanistan. Joe Biden, lui, devra faire sans certains ex-supporters de Barack Obama. Beaucoup ne voteront pas le 3 novembre prochain, convaincus que cela ne changera rien à leur vie quotidienne.

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  • Omar OuahmaneJournaliste à la rédaction internationale de Radio France
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