A l'occasion du 40e anniversaire de la politique de la ville, regards croisés de trois générations d'habitants de quartiers populaires. Episode 3 : le quartier du Bois-du-Château à Lorient, où la problématique du manque de mixité sociale à l'école se pose de manière de plus en plus aiguë.

Le quartier du Bois du Château, à Lorient, 4 000 habitants, est situé sur les bords du Scorff
Le quartier du Bois du Château, à Lorient, 4 000 habitants, est situé sur les bords du Scorff © Radio France / Claire Chaudière

Janine a 75 ans. Les tours et les barres n'étaient pas sorties de terre depuis très longtemps lorsqu’ont eu lieu les premières mobilisations de parents autour de l'école, raconte cette mère de famille, aujourd'hui grand mère. Elle se souvient des craintes des familles dans les années 1970 : "A l'époque, ce sont les écoles maternelles et primaires qui étaient dans le viseur. Elles étaient pleines à craquer. Il y avait 60 enfants par classe. Des gamins assis par terre. On a obtenu plus de place, plus de professeurs. Et ça s'est amélioré". 

On est passé des écoles au collège. Aujourd'hui c'est le sujet sensible. On a perdu beaucoup d'élèves au fil des ans.

Comme de nombreux anciens du quartier, Janine vient d’une famille dont la maison a été détruite pendant la seconde guerre mondiale, et provisoirement relogée en « baraques ».
Comme de nombreux anciens du quartier, Janine vient d’une famille dont la maison a été détruite pendant la seconde guerre mondiale, et provisoirement relogée en « baraques ». © Radio France / Claire Chaudière

Collège bientôt déplacé pour retrouver la mixité

Si les méthodes pédagogiques du collège du Bois-du-Château sont saluées, les difficultés sociales s'y concentrent effectivement depuis plusieurs années, du fait de l'évitement des familles plus favorisées situées dans des secteurs voisins. Un projet a donc été présenté aux habitants cette année. Il sera détruit, et fusionné avec un autre collège voisin, sur un nouveau site, à mi-chemin entre les deux quartiers.

Moustapha est parent d'élèves du collège, qu'il a lui même fréquenté.  Selon lui la proportion d"élèves d'origine étrangère y a énormément augmenté en 30 ans, à mesure que les familles extérieures au quartier n'y ont plus inscrit leurs ados : "les gens ont peur de ramener leurs enfants ici, parce que c'est le Bois-du-Château ! C'est dommage..."

Il faut dire que des bons souvenirs de ses "années collège", Sabrina, la vingtaine, n'en a pas beaucoup. Elle se rappelle d'une atmosphère assez tendue. 

Pour moi, ça n'était pas une ambiance pour apprendre sereinement. Il y avait des jeunes très difficiles. J'ai été embêtée. Je ne me sentais pas bien au collège. J'ai fait une dépression en cours de scolarité. Mon parcours a été impacté par ces difficultés. J'aurais pu très mal tourner.

Perte du label éducation prioritaire ?

Amine a grandi dans le quartier où il a fait toute sa scolarité. Il est aujourd'hui en fac d'histoire à Lorient, et veut être journaliste.
Amine a grandi dans le quartier où il a fait toute sa scolarité. Il est aujourd'hui en fac d'histoire à Lorient, et veut être journaliste. © Radio France / Claire Chaudière

Mais au Bois-du-Château, nombreux sont ceux qui ont du mal à accepter la décision de fermer collège, un établissement qui a su tirer beaucoup de jeunes vers le haut. Pour Amine, 18 ans : "L'équipe pédagogique est super. Il y a aussi plus de moyens parce que c'est un établissement prioritaire. On risque de perdre ça. Ce collège, c'est aussi le coeur du quartier. Les habitants sont inquiets."

Le chantier devrait démarrer dans un an. Le temps, peut-être, pour le Conseil départemental, l'Éducation nationale et la mairie de Lorient de convaincre des habitants un peu déboussolés, de la pertinence du projet.

Le Bois-du-Château témoigne d'un véritable dynamisme associatif. De nombreuses activités et liens sociaux se tissent autour de la maison de quartier
Le Bois-du-Château témoigne d'un véritable dynamisme associatif. De nombreuses activités et liens sociaux se tissent autour de la maison de quartier © Radio France / Claire Chaudière
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