De 73% en 2012, la part des immatriculations de véhicules diesel est passée à 34% au premier trimestre cette année. Derrière, l'industrie s'adapte tant bien que mal (ou pas du tout) à ce changement brusque de la demande. Accompagné d'un phénomène de casse sociale considérable.

Pour les ouvriers français, la fin du gazole c'est un risque de casse sociale. Ici chez Sintertech à Oloron-Sainte-Marie, dans les Pyrénées-Atlantiques
Pour les ouvriers français, la fin du gazole c'est un risque de casse sociale. Ici chez Sintertech à Oloron-Sainte-Marie, dans les Pyrénées-Atlantiques © Radio France / Maxime Debs

L'État nous disait toujours : achetez du diesel, c'est l'avenir. 25 ans plus tard, d'un coup ça l'est plus et ça fout les tripes.

Stéphane, entré chez Sintertech en 2001, est en colère. Car cette société qui compte 70 salariés à Oloron-Sainte-Marie, dans les Pyrénées-Atlantiques, fait partie des PME françaises impactées par la mauvaise image du diesel et dont la part continue de reculer en France année après année. 

"Aujourd'hui, le site dépend à 55-60 % de commandes pour ce type de moteurs" souligne Jean-Bernard Etchemendy, délégué syndical CGT.  "PSA et Renault figurent parmi nos principaux clients, mais nous soutiennent aujourd'hui comme la corde soutient le pendu". L'entreprise qui compte également deux sites en Isère, est placée en redressement judiciaire depuis plusieurs mois. Les salariés espèrent toujours une reprise, quitte à faire demain autre chose que de l'automobile. "On a déjà travaillé pour Seb, et pour tout un tas d'industries différentes. On a les moyens et les compétences" lancent les syndicats dans un dernier appel, tout en déplorant un "immense gâchis"

Quittant son service, Michel embarque dans sa voiture, un diesel justement "qui marche très bien". "Le choix a été fait de liquider ce type de moteurs, mais si on passe au tout électrique, je ne sais pas comment on va faire. Dans beaucoup d'endroits, en milieu rural, c'est impossible. Les batteries sont trop faibles, les modèles trop chers. Les gens n'ont pas les moyens". Et d'ajouter : "quand on entend qu'en hiver et avec le changement climatique, on nous demande de limiter notre consommation, d'éteindre les lumières, tout ça... C'est franchement pas gagné." Lui qui a fait toute sa carrière chez Sintertech déplore que personne n'ait cherché à diversifier davantage la production pour être moins dépendant de ce diesel dont on cherche aujourd'hui à se débarrasser. Il aurait fallu mettre en place des alternatives qui auraient permis d'opérer "un passage en douceur"... "Or là, on est au pied du mur" embraye un autre salarié. "Les PME comme les nôtres, tout le monde s'en fout. Elles puent. Elles polluent. D'un coup, on n'en veut plus. C'est toujours la même histoire"

L'usine Bosch de Rodez cherche également des solutions de diversification
L'usine Bosch de Rodez cherche également des solutions de diversification © Maxppp / Jean-Louis PRADELS

À Rodez, à 370 kilomètres, la crise du diesel est aussi passée par là. Dans ce territoire un brin enclavé, l'usine Bosch emploie 1 500 salariés, dont 300 minimum sont menacés. La direction cherche des solutions de diversification. Le site pourrait fabriquer demain - en partie - des pièces pour l'aéronautique ou encore l'horlogerie. "Ce sont des pistes", énonce Harald Frank vice-président communication et relations publiques de la firme allemande, "mais tout ça prend du temps"

Pas question, pour autant chez Bosch de rayer l'option Diesel à l'avenir. Le groupe espère beaucoup des prochaines semaines et du possible élargissement de la vignette Crit'Air 1 aux véhicules diesel neufs. "Ce serait un geste fort" pour l'industriel qui emploie 7 500 personnes sur le sol français. Et une manière d'adoucir la courbe du virage demandé aux constructeurs et sous-traitants automobiles. 

"Est-on vraiment sûr que l'essence pollue moins que les derniers véhicules diesel ?" s'interroge Jean-Philippe Keroslian, vice-président (DVD) de l'agglomération de Rodez. Cet élu, forcément préoccupé pour l'emploi sur son territoire, rappelle l'exemple de "la sidérurgie balayée dans les années 70, dont on constate aujourd'hui qu'il s'agissait d'une vaste erreur stratégique".

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