"Les nanotechnologies entre science et fiction", c’est le thème d’un débat qui aura lieu demain à la cité internationale universitaire à Paris, un débat parrainé par France Inter. Les nanotubes de carbone, un matériau inventé en 1991 et promis à un grand avenir si on en croit les propriétés étonnantes qu'il possède, sont désormais produits de façon quasi industrielle dans le monde, y compris en France. Plus solide que le diamant, meilleur conducteur que le graphite, les 2 formes naturelles du carbone, voici donc les nanotubes de carbone. Cela se présente sous forme de feuillet d'atome de carbone enroulés sur eux-même, des objets creux, comme des pailles. Ces tubes découverts il y a 15 ans sont minuscules d'où leur nom. En laboratoire, les chercheurs sont capables d'en fabriquer avec une seule paroi et un diamètre de 1 nanomètre. A plus grande échelle, ils font plutôt 1 à 10 nanomètres mais des sociétés le produisent déjà : aux Etats-Unis, au Japon et désormais en France. Arkéma, filiale chimique du groupe Total, vient d'ouvrir un site pilote à Laq près de Pau. Philippe Goebel est le directeur général des produits performance de la société (interview). Dans un premier temps, Arkéma vise une production de 8 tonnes par an. Si le marché se développe, alors la phase suivante sera la production à grande échelle. Leur qualité étant exceptionnelle, ces nanotubes font un peu fantasmer. 100 fois plus résistants que l'acier et pourtant 6 fois plus léger, ils conduisent l'électricité aussi bien que le cuivre et puis ce sont aussi d'excellents conducteurs thermiques. On ne les utilisera pas purs mais plutôt ajoutés, mélangés à d'autres matériaux nous explique Patrice Gaillard, chef de projet nanotubes chez Arkéma (interview). Ce sont des applications très spécialisés. Il y a aussi quelques niches dans le sport. On peut trouver des cadres de vélo ou des raquettes de tennis avec nanotubes de carbone. A l'avenir, l'un des grands marché devrait être les écrans plats de télévision. En laboratoire, on rêve déjà d'aller plus loin encore de tisser les nanotubes de carbone. Pour cela il faudrait obtenir des fibres. Des fibres dont les performances font fantasmer. Leur résistance à l'impact est en effet 7 fois plus importante que la soie d'araignée. Or, la toile d'araignée, c'est le fil le plus performant au monde ! Philippe Poulin est chercheur CNRS au centre Paul Pascal de Bordeaux (interview). Qui dit nouveau matériau, dit norme de production. Est-ce que de ce côté là, toutes les études ont été menées ? C'est une des questions qui préoccupent les pouvoirs publics et les industriels. Face aux investissements consentis, il ne faut pas se louper disent-ils, autrement dit mettre, mesurer la toxicité de ces nanotubes et établir des normes internationales pour les produire de façon contrôlée. Eric Gaffet, chercheur au CNRS anime un groupe de recherche sur les nanomatériaux à Belfort (interview). Les normes ne devraient pas apparaître avant des années car les premiers résultats de toxicité sont contradictoires. Des rats ont montré des difficultés respiratoires parce que les nanotubes, en raison de leur extrème petite taille, entrent dans les alvéoles pulmonaires. Très pur, les nanotubes semblent beaucoup moins toxiques que lorsqu'on trouve dans les échantillons du graphite, du chrome, ou du fer. Aujourdh'ui, les industriels préfèrent donc les enrober pour éviter une dispersion. Un dossier de Sophie Bécherel, spécialiste des questions scientifiques à France Inter.

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