Alors que le rapport de l'Inspection Générale des Finances sur la valorisation de la Recherche française continue de faire débat, Sophie Béchere revient sur cette spécificité française : la Recherche française est parfois excellente, mais elle ne produit pas assez d'innovation, pourtant nécessaire à la croissance de demain. Reprenons dans l'ordre : la valorisation insuffisante c'est vrai ou c'est faux ? Même si c'est difficile à mesurer, il semble bien que la France se fasse distancer en terme d'innovation. Finie la glorieuse époque du TGV, d'Ariane et même d'Airbus. Le téléphone mobile, les ordinateurs, les écrans plats, la voiture hybride, vous l'aurez remarqué, il n'y a pas écrit "Made in france" dessus ! Pourtant, les idées sont là. Notre recherche publique est bonne. Dans certains secteurs, aux toutes premières places mondiales. Alors qu'est-ce qui ne marche pas ? Est-ce l'investissement qui est insuffisant ? La réponse est oui assurément. Le pays n'investit pas assez, ni les laboratoires publics, ni les entreprises privées. Le privé, c'est justement sur lui que compte l'Etat pour augmenter son effort. Effort de 52 % aujourd'hui, mais qui baisse depuis 2002. Et c'est un tout petit club coté au CAC 40 qui fournit 90 % de l'investissement privé : Thalès, St microelectronics, Renault, Peugeot, Michelin, Saint Gobin et quelques autres. Conscient de cette faiblesse, le gouvernement a multiplié depuis 4 ans les incitations, notamment pour les PME. Aides fiscales, regroupement des acteurs dans des pôles, financement sur projet. Mais comme le constate Charles Beigbeder, au MEDEF, ça ne marche pas. Y aurait-il aussi un manque de confiance mutuelle entre chercheurs et entreprises ? Quelque chose qui les empécherait de travailler ensemble ? Non. Patricia Pineau est responsable de la recherche au groupe l'Oréal. Ce groupe a consacré l'an passé 3,5 % de son chiffre d'affaire à la recherche et l'innovation. Preuve que les chiffres ne veulent pas forcément dire grand chose : c'est peu, mais d'une part c'est un chiffre qui ne baisse jamais. L'entreprise appuie toute sa croissance sur les nouveaux produits. D'autre part, 3,5 %, cela lui permet d'être numéro un mondial des cosmétiques grâce à 569 nouveaux brevets en 2006. Ecoutez l'analyse de Patricia Pineau. On l’aura compris, ce n'est ni la faute des chercheurs, ni celle des entreprises, mais du système. Avant le mariage, il faut savoir dans quoi on s'engage et être conseillé. Exactement. Voilà pourquoi, sans complexe et pour pallier l'insuffisance de contact entre PME et laboratoires de recherche, certains organismes ont pris le taureau par les cornes. Ils se dotent d'une unité de valorisation, comme le CEA. C'est une équipe de choc où sans complexe, on parle de marchés, de concurrence, de marketing. Le CEA a recruté récemment des spécialistes du privé : des capitaux risqueurs, une spécialiste de propriété intellectuelle et un Américain, David Holden, qui aide à identifier des marchés. Ce serait donc aussi une question de culture. Peut-être de stratégie. Au lieu de créer de nouvelles structures qui se superposent aux anciennes, peut-être serait-il judicieux de simplifier les taches administratives des chercheurs pour leur laisser l'esprit libre et entreprenant. Un dossier signé Sophie Bécherel.

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