L'imposant hôpital Zendal de Madrid, établissement flambant neuf, a ouvert le 11 décembre, pour n'accueillir que des malades du Covid-19. Construit en seulement trois mois pour plus de 100 millions d'euros, il est une citadelle fermée avec des méthodes de soin révolutionnaires mais controversées.

Les modules de 48 lits de l'hôpital Zendal de Madrid
Les modules de 48 lits de l'hôpital Zendal de Madrid © Radio France / DR

D'un côté l'aéroport et une autoroute, de l'autre le centre d'entraînement du Real Madrid et entre les deux, un immense hangar dans un quartier périphérique de la capitale madrilène. L'hôpital Zendal est très surveillé, les visites sont interdites et les patients n'arrivent qu'en ambulance. À l'intérieur, trois pavillons de 10 000 m2 chacun, sur une plateforme unique, sans étage et avec des plafonds de 12 mètres de haut. 

Au-dessus de la tête du Docteur Pedro Landete, pneumologue et chef de l'unité de soins respiratoires intermédiaires, de larges tuyaux apparents et des cheminées d'extraction qui renouvellent l'air 14 fois par heure. "Le changement d'air permanent est important pour que le virus soit éliminé le plus rapidement possible. Nous savons que le coronavirus a une masse moléculaire très faible et qu'il reste longtemps en suspension. Avec des plafonds hauts, le virus va monter et nous minimisons ainsi le risque de contagion pour les personnes qui travaillent ici", explique le Docteur Landete.

"Avec cet établissement, c'est le modèle d'hôpital qui a changé", poursuit-il. "Au XVIIIe siècle, nous avions des établissements en forme de U, on est ensuite passé aux grandes tours et désormais nous revenons à un modèle de construction horizontal. Cet hôpital est un exemple qui nous a permis d'accueillir jusqu'à maintenant 1 800 patients."

Infirmière de l'hôpital Zendal
Infirmière de l'hôpital Zendal © Radio France / DR

De son poste de contrôle, l'infirmière surveille en permanence les patients

1 800 patients en deux mois donc, répartis par sexe dans de vastes modules de 48 lits, avec des sanitaires communs, sans cloison et donc sans intimité. Raquel Heras en est l'infirmière en chef : "De son poste de contrôle, l'infirmière surveille en permanence les patients. En un regard, elle voit tout ce qui se passe. L'état d'un patient Covid s'aggrave en une minute et vous devez alors prendre des mesures drastiques sinon il meurt. Dans un hôpital traditionnel, on ne peut pas faire comme ça. On doit se déplacer de chambre en chambre. C'est pour ça que pendant la première vague, des infirmières retrouvaient des patients morts dans leur chambre. C'est très triste."

L'autre avantage de ces dortoirs, c'est la liberté donnée aux patients avec notamment une zone de promenade balisée et interdite aux bien-portants. Francisco Javier a 36 ans, il est hospitalisé depuis une semaine : "Ici, nous pouvons marcher, nous avons des jeux, des livres. C'est bien de ne pas être seul parce que quand tu es admis dans un établissement classique, le problème, c'est que tu es tout seul", raconte ce patient. 

"Ici, il y a une bonne ambiance entre les malades", explique Francisco Javier. "On parle entre nous : 'Alors comment ça va aujourd'hui ? Ce soir il y a du football, ou je ne sais quoi.' Ca crée une ambiance particulière et finalement, on est bien même si on n'est pas dans une chambre individuelle. On s'occupe très bien de nous."

A l'hôpital Zendal, les patients peuvent se promener
A l'hôpital Zendal, les patients peuvent se promener © Radio France / Thibault Lefèvre

Plus de 300 patients comme Francisco sont actuellement soignés à l'hôpital Zendal sur les 4 000 malades répartis dans les 23 établissements de la région de Madrid. C'est moins d'un patient sur 10 alors qu'un des trois pavillons n'est pas occupé et que 700 lits environ sont encore disponibles. 

Pour Javier Marco, le directeur de l'hôpital,  la situation est temporaire : "Pour être hospitalisé ici, le patient doit être d'accord pour venir. Mais il ne faut pas oublier que la population a peur d'aller dans les hôpitaux et qu'elle a peur d'être infectée. Nous pourrions décider, quand le nombre de cas de Covid baissera, que tous les patients soient obligatoirement traités à l'hôpital Zendal. Les hôpitaux seraient alors moins occupés et ils pourraient reprendre leur activité normale."

Les contaminations sont en baisse en Espagne avec la semaine dernière, 10 000 nouveaux cas et 500 décès en moyenne par jour mais Madrid est ses environs reste la région la plus touchée du pays.

Un malade du Covid à l'hôpital Zendal
Un malade du Covid à l'hôpital Zendal © Radio France / DR
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