Fermer Guantanamo à Cuba, c'est l'une des promesses de campagne de Barack Obama. Le président américain doit signer aujourd'hui un décret ordonnant sa fermeture. Près de 800 détenus sont passés par ce camp militaire depuis son ouverture en janvier 2002. Les ONG s'inquiètent du sort de ceux qui y sont encore. Il faudra bien un an pour fermer cette Alcatraz de la guerre contre la terreur, une prison dont les conditions de détention sont dénoncées unanimement. Mourad Benchellali est l'un des 7 Français emprisonnés à Guantanamo. Il y a passé 30 mois après son arrestation au Pakistan en 2001 (interview). Aujourd'hui, ils sont environ 250 détenus à être incarcérés à Guantanamo. L'administration américaine estime qu'environ 50 d'entre eux peuvent être libérés, mais elle ne leur a pas trouvé de pays d'accueil. C'est le cas d'un jeune algérien arrêté au Pakistan. Nabil Hadjarab est emprisonné à Guantanamo depuis février 2002 pour avoir fréquenté les camps d'Al Qaeda. Il n'a été inculpé d'aucun délit et n'a eu aucun procès. Nabil Hadjarab veut partir en France où il a grandi. Des membres de sa famille sont prêts à l'accueillir. Les autorités américaines veulent le renvoyer en Algérie où il craint pour sa vie. Il refuse et depuis 2 ans reste à l'isolement dans une cellule du Camp 6, la plus dure de Guantanamo explique l'avocate américaine Cori Crider, qui le suit au nom de l'association Reprieve (interview). Prudente, la France affirme vouloir se prononcer au cas par cas. Le premier geste de Barack Obama après son investiture a été de suspendre toute procédure judiciaire à Guantanamo. Des commissions militaires avaient été créées en 2006 spécialement pour juger les terroristes présumés. Des tribunaux d'exceptions, dénoncés par les défenseurs des droits de l'homme. Reste à savoir où juger ceux qui peuvent l'être. Sur 250 détenus, seuls 21 sont inculpés de crimes de guerre. 3 ont été jugés. Vers quels centres de détention seront-ils transférés, aux Etats-Unis ou ailleurs ? Devant quels tribunaux peuvent-ils être traduits ? Tribunal fédéral ou cour militaire régulière ? Sur quelles preuves ? Vu les cas de tortures, c'est un véritable casse tête juridique pour la nouvelle adminsitration Obama. Yves Prigent est chargé de campagne à Amnesty International (interview). Faute de preuve, la majorité des détenus pourraient être finalement renvoyés dans la nature. Ne resterait alors que 14 prisonniers de haute valeur. Des terroristes avérés comme Khaled Cheick Mohamed, considéré comme le cerveau du 11 septembre. Peter Rosenblum, professeur de droit, dirige l'institut des droits de l'homme à l'université Columbia de New York (interview). Reste à savoir s'il faut ou non poursuivre l'ancienne administration Bush pour les méthodes extrajudiciaires employées à Guantanamo. Des associations comme Amnesty International réclament une commission d'enquête. Un reportage de Delphine Simon

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