Brownsville, Texas, à la frontière entre États-Unis et Mexique. De l’autre côté du Rio Grande, c’est la ville mexicaine de Matamoros d’où arrivent chaque jour des dizaines de migrants venus d’Amérique Latine ou d’Amérique Centrale. Pour beaucoup, Brownsville est la porte d’entrée vers l'eldorado américain

Derrière la grille, le Rio Grande et le Mexique.
Derrière la grille, le Rio Grande et le Mexique. © Radio France / Grégory Philipps
© Radio France / Chadi Romanos

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La frontière ici, c’est le Rio Grande, qui à Brownsville est traversée par trois ponts reliant le Mexique aux États-Unis : "D’ici on voit Matamoros", pointe du doigt Ben Neece, juge pendant trente ans à Brownsville. "Nous sommes à deux ou trois blocs de la frontière. On est une seule communauté, entremêlée. Vous avez des familles, certains membres vivent de ce côté-ci de la frontière, et leurs frères, sœurs, oncles ou grand-mères vivent là-bas !"

Alors quand Donald Trump menace à intervalles réguliers de fermer cette frontière mexicaine pour mieux lutter contre l’immigration illégale, l’ancien juge a beaucoup de mal à comprendre :"

Ça serait terrible. Cela couperait des familles en deux et aurait des conséquences très dures pour l’économie locale. À chaque fois que Trump dit quelque chose comme ça, on s’inquiète. Ici les commerces du centre-ville génèrent beaucoup de taxes liées au commerce. Pourquoi ? Parce qu’il y a beaucoup de Mexicains qui font des allers et retours et viennent faire leurs courses ici.

Downtown, en centre-ville, impossible de louper le bâtiment de l’unique gare routière de Brownsville, d’où chaque jour partent des bus pour tous les États-Unis. C’est là que les migrants qui ont réussi à traverser la frontière sont remis en liberté après avoir été arrêtés par les "borders patrol" américains, après avoir été placés en centre de rétention pour une durée indéterminée, puis après avoir déposé une demande d’asile. Le récépissé de cette demande leur permet d’aller où ils le souhaitent dans le pays en attendant la décision des autorités américaines.

Á la frontière mexicaine.
Á la frontière mexicaine. © Radio France / Grégory Philipps

70 à 300 migrants par jour

Sergio Cordova appartient à l’association Team Brownsville, qui vient en aide à ces immigrés fraîchement débarqués sur le sol des États-Unis : 

Comme vous le voyez, dans ce groupe qui vient d’arriver, personne n’a lacets à ses chaussures. Ils leur ont pris au centre de rétention. Pas de ceinturon non plus. Ils n’ont rien d’autre que les vêtements qu’ils portent sur eux. Il y a des enfants, des femmes, des familles, des célibataires. Des migrants comme ceux-là, il peut en arriver entre 70 à 300 par jour.

Puis Sergio veut nous montrer le Rio Grande, côté américain. Nous sommes derrière une barrière en métal et de ce côté-ci de la rive, on voit souvent des migrants tenter la traversée de le fleuve à la nage : "Vous voyez le Mexique", reprend Sergio. "Là-bas il n’y pas de barrière. Il y en a une coté États-Unis. De loin, cette rivière a l’air calme et paisible. Mais ce n’est pas le cas. Il y a de forts courants. Des gens se noient. Et beaucoup d’entre eux fuient leur pays, les criminels, les gangs. Pour eux, risquer leur vie en traversant cette rivière, c’est la seule option qu’ils leurs reste."

L’association Team Brownsville vient en aide aux immigrés fraichement débarqués sur le sol des Etats-Unis.
L’association Team Brownsville vient en aide aux immigrés fraichement débarqués sur le sol des Etats-Unis. © Radio France / Grégory Philipps

Deux villes sœurs

Séparés par le seul Rio Grande, Matamoros et Brownsville sont comme "deux villes sœurs" dit le maire de la cité texane Tony Martinez. Le mur voulu par Donald Trump n’a (aux yeux de l’élu) pas sa place ici. Et il n’empêchera pas les migrants de tout risquer pour rejoindre cet eldorado américain :

Cette idée de mur n’a aucun sens, dit l’élu. Et vous savez, j’ai parlé à beaucoup de ces migrants. Une majorité d’entre eux affirment qu’ils risquent de mourir dans leur pays, alors ils peuvent aussi très bien mourir en essayant de venir ici.

C’est à Brownsville que fin juin le corps sans vie de la petite Valeria et de son père Alberto Ramirez, venus tous les deux du Salvador, ont été retrouvés noyés dans les eaux du Rio Grande. Le drame a ému et choqué des deux côtés de la frontière.

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  • Grégory PhilippsGrand reporter, envoyé spécial permanent de Radio France à Washington
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